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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Avant d’en parler, il faut aller le voir ! mytoc.fr s’est un peu forcé, mais bien décidé à rigoler facile. Et à défendre ce droit fondamental.

«Tuche 3» Rire ou pleurer ? That is the question…

Consterné, on ressort consterné, après ces 91 minutes de Tuche. Si on osait on irait fouiller dans l’origine latine de ce mot. Renversé, abattu et finalement paralysé. Envie de garder le silence, agité par une inavouable question : comme un tel navet a-t-il faire rire plusieurs millions de… De «Truches» ? 
Pas de mépris, non, non. Mais une vague tristesse. Et un doute : le succès est-il une barrière infranchissable pour la critique ?  
L’histoire, d’abord. Maire d’un petit patelin paumé, Jeff veut que le TGV s’arrête dans sa gare. Un train qui se contente de passer à grande vitesse. Alors il téléphone à l’Elysée pour faire entendre sa voix. «Sa voie», dirait Cathy, la femme du héros. Et comme personne ne lui répond, il décide de se présenter à l’élection présidentielle. Au terme de sa campagne pitoyable, il déroche par hasard la timbale et devient président avec 11% des suffrages. 
Bref, le voilà sous les dorures du Palais. Pas même impressionné. En short blanc et chaussettes rouges, ce passionné de foot tond la pelouse et bichonne sa Nevada bleue. Sous le regard ahuri des gardes républicains. Toujours escorté de sa tribu débile, une cannette de bière à la main en dévorant «une double ration de frites». Avec bien sûr des «raisonnements» au ras des pâquerettes. 
Au risque de surprendre, on dira que c’est un bon sujet. La revanche des méprisés sur les élites. Mais au fond, la démonstration se retourne. De quoi rassurer ceux qui squattent le pouvoir !
Le plus grand reproche qu’on peut faire à ce film, c’est au fond, d’être ultra-conformiste. Un rire basique à base de pets, de regards abrutis et de grosses blagues qu’on n’oserait même pas sortir avec un verre dans le nez.
De mémoire, une des meilleures : «Si tu as le président, tu as le camembert», décrète Jeff en ajoutant  : «Ici la France, le pays du fromage». Le peuple vu des beaux quartiers. Pas le moindre délire, ni la moindre fantaisie. Pas même une petite lueur. Et on ne parle pas de finesse… Mais simplement d’un simple rire qui libère. Or là, il gène ce rire. Car on rigole, parfois. Surpris par une réplique, une grimace ou un geste. Mais on se dit aussitôt, rire minable. 
«C’est nous les Tuche, on vous a pas trop manqué ?» Les premiers mots de la farce. Si les Tuche, vous nous avez manqué car vous avez raté votre coup. Pourtant, vous aviez deux bons acteurs et quelques figures comme la mère-punk de Jeff. Un vrai sujet que vous avez gâché. En vous foutant de la gueule du peuple !

«Les Tuches 3» d’Olivier Baroux. Avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau, Sarah Stern, Pierre Lottin et Théo Fernandez. Durée : 1h31.