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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Un amoureux pour Macron

Patrick Rambaud raconte, avec talent, l’accession au trône d’Emmanuel Le Magnifique et sa première année de règne. Mordant mais assez bienveillant au fond.

Il ne l’avouera jamais, ce vieux rebelle, mais il est amoureux. Amoureux d’un personnage qu’aujourd’hui toute la France déteste ou presque. C’est en tout cas l’impression quand on referme ce petit livre. Rien à avoir, au fond, avec ses précédents libelles où il descendait en flamme Nicolas Sarkozy et François Hollande.
Mais toujours le même style. Des phrases ciselées, des passés simples et des subjonctifs savants, des mots désuets, des nuances subtiles, des inversions sophistiquées… Mais tout cela est sobre, simple, agréable. Un autre siècle ! Avec la belle chevalière qui trône à son annulaire gauche, on l’imagine, une plume dans la main droite sculptant ses pleins et ses déliés.
«J’ai au moins sept siècles de Lyonnais derrière moi», avouait d’ailleurs, il y a quelques années, ce rejeton d’une vieille famille de soyeux. Des cathos convaincus qui ont fondé le très conservateur «Nouvelliste», principal concurrent de Progrès entre les deux guerres. Lui s’est affranchi de cette lignée qui a donné son nom à un quai et à un port au Confluent. Pour devenir un pilier du fameux Actuel, magazine soixante-huitard qui popularisera un journalisme alternatif… Avant de décrocher le Prix Goncourt en 1997 pour son roman «La bataille».
Ce qui lui donne une certaine hauteur. Pas de la morgue mais un cynisme teinté de bienveillance.
Bref, dans le secret de l’isoloir, il a sans aucun doute voté pour «le premier des Marcheurs» à la dernière élection présidentielle. Déçu, à peine. Rigolard plutôt.
Rambaud s’attaque d’abord à la jeunesse du Prince, puis son accession au trône et sa première année de règne. En annonçant la tempête qui menace face aux réformes…
Mais on le sent sous le charme de l’enfant Macron. Solitaire, plongé dans les livres, un coté mystique, entouré de femmes fortes, préférant les adultes… Un sensible, séducteur donc.
«L’esprit était orné; beaucoup de lectures et de mémoire, le débit éloquent, naturel, choisi, l’air ouvert et humble, de la grâce au maintien et à la parole toujours assaisonnée d’un sel, souvent piquant, et d’expressions mordantes qui frappaient par leur singularité, souvent par leur justesse».
Mais le grand sujet de cette chronique politico-littéraire, c’est que, pour lui, Macron est un pur produit de son éducation chez les jésuites dans un collège d’Amiens. On a alors droit des pages très pointues sur le sujet. Rambaud est, sans doute, lui aussi un ancien élève de cette congrégation qui formait alors l’élite ! «Dans les années 50, à Lyon courrait une histoire à leur propos : un père jésuite, très poli, demande à un passant, lequel lui répond : «Oh vous ne trouverez pas, mon père, c’est tout droit».
Tordus ces sacrés jésuites, c’est vrai, intelligents et pragmatiques. C’est le coté «en même temps» du président. Capables, souligne Rambaud, d’être à la fois très ouvert dans le débat et inflexible dans l’action. Comme le Pape actuel, précise-t-il. «Aimables, jamais tristes, calmes, impassibles dans la bourrasque, les jésuites se contentaient d’observer et de séduire avec un talent secret pour le spectacle».
L’auteur déroule ensuite cette première année Macron. Une année d’espoir général qui débouche sur une grogne générale. Dynamique très bien mise en scène. Avec une succession de petits «scandales» racontés avec drôlerie et distance. La campagne présidentielle d’abord, avec une jolie séquence sur le tirage des rois à la permanence du «duc de sablé» qui fait surgir «un chat noir» de la brioche. Ou encore le «duc de Lyon» implorant son «Seigneur»…
Puis c’est l’entrée à l’Elysée, les premiers pas : Buffalo Trump invité par le «rusé monarque» au défilé de son armée ou la réception somptueuse de Vlad-le-terrible au château de Versailles… Et les premiers couacs : son bras de fer avec le général vendéen «trop bavard», la réforme du statut des «privilégiés» du rail qui paralysent le royaume, l’évacuation des «Indiens» de Notre Dame des Landes. Sans oublier les rumeurs qui circulent sur son homosexualité et sa «princesse Brigitte». On a droit alors à une galerie de portraits féroces : «Mademoiselle de Montretout du Front Populiste» qui vocifère, «le baron de la Méluche et ses extrémistes aux slogans faciles» ou «Benoit de la Lune» et son air de «poussin qui découvre le monde en sortant de sa coquille»… Et la violence qui monte dans les discours.
Mais ce n’est pas fini, conclut Patrick Rambaud qui promet un deuxième livre : «Le temps des orages». Un amoureux qui ne lâche pas l’affaire !

«Emmanuel Le Magnifique» de Patrick Rambaud, aux éditions Grasset, 198 pages
Illustration : Patrick Rambaud (détail) par Edith Simonnet