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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Un avertissement !

Ladj Ly signe un premier film sensationnel sur les banlieues, «Les Misérables», primé à Cannes et en piste pour les Oscars. Et qui a «touché» le Président de la République. Ne serait ce que pour ça, il faut aller le voir !

«J’ai merdé, je savais que ça allait arriver…»

Quelques mots qui résument la pression des flics face aux jeunes des banlieues. Dépassés, donc toujours limite ! Le coeur de ce film, qui pourtant démarre bien. Un été où la France fête ses footballeurs, champions du monde. Une France black, blanc, beur, unie dans la ferveur. Illusion qui ne va pas durer. 

Retour au réel. A Montfermeil dans le 93 où une patrouille de la BAC parcourt cette banlieue désoeuvrée, accablée par la chaleur. Dans la Peugeot grise des «Bacqueux», un trio fragile : Chris, le blanc, jean et tee shirt, baptisé cochon rose. «La loi c’est moi !» Gwada, le banlieusard noir devenu policier. C’est lui qui va «merder». Et un petit nouveau, le brigadier Ruiz, qui débarque de Cherbourg et qui va rapidement réaliser où il a mis les pieds. Délinquance, trafic, prostitution… «Ici, tu peux te faire sucer pour deux euros !» Sans oublier les frères muse, musulmans qui tentent d’embrigader les plus jeunes. Sous l’oeil des caïds qui tiennent cette cité des Bosquets. Notamment «Le maire», médiateur appointé par les pouvoirs publics pour éviter le pire mais qui gère d’abord son petit business. 

Une violence quotidienne. On crie, on s’insulte, on se défie. Une simple étincelle et tout peut dégénérer. D’autant que les réseaux sociaux sont omniprésents pour afficher ses exploits. Et c’est ce qui va se passer avec le concours d’un petit Lion qui va semer la panique. «La colère c’est le seul moyen de se faire entendre aujourd’hui», lance un ancien taulard qui joue les barbus. Alors que les trois cowboys de la BAC multiplient les contrôles, souvent idiots parfois brutaux, en tentant de maintenir l’ordre.  «Si on n’était pas comme ça, on se ferait bouffer».

La force de ce film, c’est de montrer, pas de juger. A l’image du final, superbe, avec un face-à-face entre un jeune et un policier, flingue contre cocktail molotov.  

Sa force c’est aussi son rythme, vif et incisif. Un reportage en direct. Pas le temps de souffler. Avec des plans serrés qui donnent l’impression d’être au coeur de cet enfer. Mais aussi des images aériennes : immenses tours HLM, terrains de foot en béton, skateparks délabrés… D’autant que, dans ce paysage saisissant, les personnages sont crédibles. Comme le jeune Issa qui enchaîne les conneries. Ou les dealers sans état d’âme qui collaborent avec les flics, les gitans qui s’imposent en force…. Pas des comédiens qui récitent leur texte. mais des «vrais gens». 

Un film percutant, le premier de Ladj Ly, qui s’est inspiré de sa propre histoire.

Un regard cash sur les banlieues, sans tomber dans les discours moralisateurs. Ni du coté des flics, ni du coté des voyous. Mais simplement pour mettre en lumière un cocktail explosif en lançant un avertissement. De quoi toucher, pas simplement le Président de la République ! 

Boycotté par la fameuse avance sur recette du CNC, il s’est vengé en décrochant le Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, il représentera la France aux Oscars en février prochain. Largement mérité ! 

Philippe Brunet-Lecomte et Nadège Michaudet