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«Un conteur au coin du feu»

Plus de 500 représentations. Mais toujours la même motivation. André Sanfratello, le directeur de l’Espace 44, reprend son adaptation du roman de Jean Giono, créée il y a près de 30 ans. A découvrir jusqu’au 10 novembre.

Pourquoi reprendre cette pièce ? 

André Sanfratello : Mon histoire avec cette pièce remonte à 1991. Le centre culturel d’Oyonnax dans l’Ain, m’avait demandé de monter ce spectacle inspiré d’un texte de Jean Giono, pour le présenter devant des lycéens. On a fait trois représentations scolaires puis on a eu envie de le montrer à Lyon. Et ça a fait effet boule de neige. 

Combien de fois l’avez vous joué ? 

Plus de 500 fois ! On l’a notamment interprété devant la fille de Jean Giono à Manosque. Un moment extrêmement fort. On a joué à la Comédie de Saint Etienne, au Radiant… Mais aussi dans un grenier, un garage, dans des bibliothèques, chez des particuliers… Et bien sur à l’Espace 44. Chaque saison, je le programme pendant une semaine. Car je n’oublie que ce spectacle nous a permis de faire rentrer de l’argent pour faire vivre notre théâtre, qui, à sa création en 1986, n’avait aucune subvention. On a aussi tissé des liens forts avec les spectateurs. Une prof est venue au moins 15 fois avec des classes différentes. Aujourd’hui, elle est à la retraite et continue à assister à ce spectacle une fois par an ! 

Vous n’en n’avez pas marre ? Non. C’est un plaisir, surtout que le public est toujours au rendez-vous. Et l’avantage du spectacle vivant, c’est que chaque représentation est différente. 

Qu’est ce qui vous plait tant dans cette oeuvre ? 

Elle offre une autre vision du travail de Giono, une histoire fantastique et policière inspirée de faits réels. Dans un petit village de montagne, la neige tombe depuis vingt jours. Des habitants disparaissent les uns après les autres. Mais on ne retrouve jamais les corps, jusqu’à ce que les gendarmes découvrent que le coupable est un homme solitaire qui tue pour rompre son ennui. 

Quelle adaptation avez vous proposé de ce roman ? 

Ce spectacle a été mon premier solo. Un exercice angoissant et difficile mais très plaisant. On a privilégié l’aspect conteur au coin du feu. L’ancien qui transmet des histoires par oral aux plus jeunes. 

Qu’est ce qui a changé depuis toutes ces années ? 

Mon jeu s’est affiné selon les remarques du public, mais aussi des proches de Giono. On a notamment modifié la fin du spectacle, quand Langlois se fait sauter le caisson. Lorsqu’il ouvre sa boite de cigares, il sort un bâton de dynamite, le met dans sa bouche et l’allume. C’est la fin du roman qu’on n’avait pas gardé au début. 

Des souvenirs marquants ? 

Dans un théâtre à Privas, ça faisait à peine dix minutes que j’étais sur scène et toutes les lumières se sont éteintes. J’ai continué à jouer, pensant que ça allait revenir. Finalement j’ai fait tout le spectacle dans le noir, avec juste la petite lumière bleue des issues de secours pour me maintenir dans la pénombre. A l’issue de la représentation, je me suis excusé auprès du public mais ils ne s’étaient rendus compte de rien, pensant que c’était pour donner un côté encore plus intimiste au texte ! Je garde aussi un souvenir extraordinaire d’une représentation à l’Espace 44 avec le public debout à la fin, comme pendant un concert. J’en ai pleuré ! 

Des regrets ? 

J’aimerai jouer ce spectacle là où se déroule l’histoire. Dans un village de montagne près de Grenoble. Un centre culturel dédié à Jean Giono a d’ailleurs été ouvert là-bas. Ça fait plusieurs années que je les sollicite mais chaque fois ils me répondent qu’ils n’ont pas de budget. Pourtant, ils ont vu et adoré cette pièce ! 

Envisagez-vous de transmettre cette pièce à un jeune comédien ? 

Pas pour le moment ! C’est un travail très personnel que j’ai fait avec Daniel Geiger à la mise en scène. Si quelqu’un d’autre s’empare de ce texte, il va l’adapter différemment. Avec sa touche personnelle. 

«Un roi sans divertissement» adapté du roman de Jean Giono. Avec André Sanfratello. Jusqu’au 10 novembre à l’Espace 44. Durée : 1h05