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Plateforme pour la culture / Lyon-région

La révolution ne semble qu’un prétexte pour «Le roi et son peuple», un film qui parle d’abord du pouvoir, de ceux qui le subissent et ceux qui l’exercent. Avec en coulisse ceux qui les manipulent. Très actuel !

Un documentaire saisissant sur la révolution

«Le seigneur n’est pas là pour être servi mais pour servir». 
Le roi est à genou, tête baissée, il lave les pieds de quelques pauvres lavandières, en murmurant ces mots d’un air pénétré. Rituel du Jeudi Saint, veille du chemin de croix qui mène à la crucifixion. On est au château de Versailles, dorures et soieries. Les courtisanes gloussent en coulisse alors qu’à Paris le peuple gronde.
Une belle scène qui lance ce drôle de film. Et la révolution. La destruction de la Bastille qui apporte la lumière dans une petite rue obscure où vit et travaille l’oncle, souffleur de verre, et sa famille. Françoise et les autres. Tous illuminés par cette insurrection si prometteuse. «La liberté nous donnera du pain et des ailes !»
On va la vivre cette révolution, de l’intérieur. Défilés sur le camp de mars, fusillades, messes et prières, séances houleuses à l’Assemblée Nationale et ses figures qui montent à la tribune, le roi prisonnier, sa fuite et son retour… Le pouvoir qui vacille et le «chaos» qui menace alors que les ambitieux et les opportunistes complotent.
«Ah ça ira, ça ira, ça ira…»
Les femmes sont en première ligne. Engagées, courageuses. Mais les hommes pouffent de rire quand elles exigent l’égalité.
Quelques séquences muettes, beaucoup de plans rapprochés. Un film tourné et monté comme un documentaire. De belles images, une lumière superbe, flammes et bougies. Du rythme et toujours une distance très factuelle. La révolution comme un faits divers. C’est peut-être ce qui fait l’originalité de ce film. Les grands discours sont souvent des artifices. Et les personnages souvent des «bouffons». Marat le journaliste fou, Robespierre l’énarque froid et implacable, Saint Just tout en brutalité, Danton bon vivant et fragile… Et dans l’ombre tout ceux qui cherchent à savoir comment le vent va tourner.
«Le pouvoir corrompt», soupire l’oncle qui assiste aux débats de la Convention. Avec la belle Françoise et Basile son amoureux légèrement benêt. Mais ils y croient à cette révolution, malgré tout.
Il n’y a ni bons, ni méchants. Mais simplement des hommes et des femmes plongés dans la tourmente. Un moment où tout semble basculer. Au bout de cette aventure, une ombre se profile celle de Terreur. Et du pouvoir absolu, Napoléon.
Un film très politique. Et au fond très actuel. On les reconnait toutes ces figures qui flattent, manipulent, excitent le peuple. Et on les assimile à nos tribuns contemporains. Notamment tous ces extrémistes et leurs belles promesses. Mais aussi ce peuple qui rêve et qui enrage. Qu’est-ce que le peuple ?
Final saisissant avec l’exécution de Louis XVI. On se bouscule place de la Concorde. Le tyran débarque, résigné, apaisé presque, un livre en main, escorté d’un abbé. Il monte sur l’échafaud, quelques marches «attention ça glisse». Remarquable jeu de Laurent Lafitte, impeccable dans ce rôle difficile.
«Mon bon peuple», lance le roi devant les enragés qui vocifèrent. Avant de s’allonger sous le couteau. Le bourreau brandit sa tête ensanglanté. Et le peuple se précipite pour recueillir des reliques. On danse, on rit, on s’embrasse. L’espoir. Mais une question qui plane : toute révolution n’est-elle pas une illusion ?
A voir et à méditer.

«Le roi et son peuple» de Pierre Schoeller avec Laurent Lafitte, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Gaspard Ulliel… Durée : 2h01.