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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Un duo très complice

Sur la scène de la Comédie Odéon, Jacques Chambon et Dominic Palandri, émouvants et drôles. Un larbin et son maitre. «Has been». Un bon moment de théâtre.

- Ah ! Ah ! Charles, elle est venue !

- Je sais…

- Dans son grand manteau !

- Je sais ça aussi…

Bob hurle, en slip, blouson de cuir et santiags. Une banane ébouriffée au somment du crâne, barbe de trois jours. Vautré dans un grand fauteuil rouge. Une ancienne gloire du rock. A ses cotés, Charles son majordome, tout en noir. Impeccable. Tête haute, voix posée, mots choisis. 

- J’ai peur !, gémit la star déchue

- Je suis là… 

- Ça change quoi ?

- Je suis là quand même…, lui murmure son fidèle domestique avant d’entonner une berceuse.

Un huis-clos qui démarre très fort. 

Deux personnages. Une histoire toute simple, éternelle. Celle du maitre et de l’esclave. Mais un joli texte, vif, pétillant et très drôle. 

Pendant un peu plus d’une heure, ils vont s’affronter. Lui tout en brutalité. L’autre tout en douceur. Sur scène, rien d’autre que ce fauteuil qui a des allures de trône, une bouteille de scotch sur une table basse, un tabouret pour le larbin. Et un téléphone rouge qui sonne de temps en temps. Invariablement Bob ordonne à son Charles : «Dis lui que je l’emmerde». 

Mais ils ont tous les deux marre de cette vie sans issue. Un fils de famille au service d’un voyou. Et un voyou qui ne supporte plus de jouer ce rôle.

Alors ils racontent leur vie. L’époque où Bob était une star, les tournées, les coucheries… Et de temps en temps, une perle dans l’obscurité : «La groupie est une pauvre fille sans talent qui pense que le succès se transmet par voie sexuelle». Pas très conforme aux injonctions de metoo mais dans la salle, les rires sont féminins aussi. 

Et ça n’arrête pas. Notamment quand le téléphone annonce la mort du producteur de Bob, noyé dans sa piscine : «Ah bon ? Je ne savais pas que les requins pouvaient se noyer !».

Chaque fois, Charles prend un air choqué. Un geste, une grimace ou un mot suffit pour souligner le trait. Parfois, il se lâche : «Pignouf». Mais il n’arrive pas à avouer qu’il va quitter celui qui le martyrise depuis des années. 

- Il faut que je vous parle de quelque chose… 

- De quoi ? 

- De moi…

- Alors ça peut attendre !

Un refrain. Du coup, Charles décide de lui apprendre à vivre seul. Il lui parle de ce «petit moineau» qui l’a laissé s’envoler. Emotion mais il reste bloqué. Il l’emmène alors au marché pour lui présenter une vendeuse de patates… En vain toujours. Jusqu’à la soirée d’adieu en boite de nuit. Et on a même droit à du Victor Hugo. «Demain dès l’aube…» Moment superbe. 

Deux comédiens très complices. Dominic Palandri et Jacques Chambon l’inoubliable Merlin de Kaamelott, excellent dans le rôle du souffre-douleur car il porte son vieux bourreau avec finesse. Pour en faire une vraie star. 

«Has been» avec Dominic Palandri et Jacques Chambon à La comédie Odéon, du 8 au 26 octobre.