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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Pendant trois mois, Léonard de Vinci occupe le deuxième étage de la Sucrière. Pour présenter ses inventions qui ont exigé des siècles pour être mises en oeuvre.

Un génie à la Confluence

«Pio l’occchio !», lui disait son grand père. Ouvre l’oeil ! Né à la fin du Moyen Age, le petit Leonardo qui s’est épanoui à la Renaissance, fera de ce conseil une règle de vie. Et quelle vie !
Tout le monde sait que cet artiste-ingénieur est sans aucun doute un des plus grands génies qui a vécu sur la planète terre. Mais cette exposition l’illustre de façon magistrale. En dressant une rétrospective intelligente du parcours hors norme de ce magicien touche à tout : peintre, sculpteur, écrivain, architecte, mécanicien, musicien…
Beaucoup de textes pour accompagner cette évidence. Et c’est indispensable. Mais aussi des objets, près deux cents. Maquettes impressionnantes d’abord. Disposées dans de petites chapelles qui permettent de les présenter à travers une quinzaine de grandes thématiques, elle révèlent concrètement l’incroyable pré-science de cet Italien sans frontière. Ponts amovibles, flottants, démontables, suspendus, coulissants… Mais aussi d’incroyables machines, métiers à tisser, foreuses, engrenages, crémaillères et poulies, écluses, anémomètres, odomètres et même une surprenante caméra ! Cet artiste-ingénieur, qui a toujours rêvé d’être un oiseau, a également imaginé des parachutes, des ailes volantes, des avions et un hélicoptère conçu pour décoller avec, pour seul carburant, «la force humaine».
L’eau l’a aussi fasciné : bateaux, scaphandres, sous-marins… Mais un tiers de son travail, il l’a consacré à l’art de la guerre. A une époque où le pouvoir était au bout des mousquetons et des arbalètes, il a inventé des engins considérés alors comme totalement loufoques. La preuve, son tank tout en rondeur qui a des airs futuristes aujourd’hui encore ou ses canons, mitraillettes, mortiers et autres étranges lances-missiles.
Toutes ces maquettes étonnantes font revivre cette formidable aventure mais on a droit aussi à des manuscrits, des schémas, des croquis, des gravures, des vidéos… qui plongent le visiteur dans un immense atelier où s’entassent de véritables chefs d’oeuvre.
Un seul regret que cette exposition n’associe pas plus le génie artistique du Florentin à son génie scientifique et technique. Car les deux sont intimement liés par une inventivité, une créativité exceptionnelle.
Une expo qui permet enfin de mieux comprendre ce personnage.
Mort à 67 ans, à une époque où l’espérance de vie ne dépassait pas les 20 ans, Léonard de Vinci estimait que «tout obstacle renforce la détermination». Et il parlait en connaissance de cause.
Fils illégitime d’un notaire d’une petite ville de Toscane, Vinci, et d’une paysanne, probablement une esclave originaire du Moyen Orient, c’est un vrai autodidacte qui a commencé sa carrière par un premier coup de maitre. Le dessin d’un épouvantail à tête de dragon qui va terroriser les volatiles. Son chemin est tracé ! Il va alors rejoindre l'atelier d’Andréa del Verrocchio, peintre et sculpteur mais aussi forgeron, fondeur et orfèvre. Atelier où il croisera notamment Botticelli. Rapidement, l’apprenti se distingue par ses intuitions et son talent, devenant un artiste reconnu mais surtout un ingénieur très sollicité. Après sa condamnation pour «sodomie», il passera quelques mois à l’ombre puis sera acquitté. De quoi le dissuader d’afficher son homosexualité.
Séduisant princes et mécènes, il parcourt cette Italie déchirée par ses guerres intestines. Après Florence, Milan, puis Pavie, Rome où il s’affronte à Michel Ange, Venise… Il traverse les Alpes à dos de mulet pour découvrir la France juste après la fameuse victoire de Marignan, où le jeune François 1er qui le prend en affection, va l’installer au château Clos Lucé près d’Amboise où il réside. Nommé premier peintre, premier architecte et premier ingénieur, Léonard de Vinci va alors lui organiser des fêtes somptueuses et se livrer à mille et une expériences tout en achevant la Joconde et son insaisissable sourire. Tableau que lui achètera le roi de France, aujourd’hui exposé au Louvre où défile chaque jour 20 000 visiteurs.
C’est dans les bras de ce monarque inspiré qu’il aurait rendu l’âme. En répétant peut-être une de ses devises favorites : «Le soleil ne voit jamais l’ombre». De quoi éclairer les siècles à venir.

«Da Vinci, les inventions d’un génie» Jusqu’au 13 janvier à la Sucrière, 49 quai Rambaud Lyon 2. Du mardi au dimanche de 10 à 19h. 13 euros pour les adultes, 8 euros pour les enfants.