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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Un grand jeu pour faire baisser la fièvre jaune

Un grand parc d’attraction pour organiser le désormais traditionnel défoulement du samedi dans les rues des grandes villes. C’est l’idée suggérée par Philippe Brunet-Lecomte, déguisé pour la circonstance en éclaireur de l’anti-culture. Contre la colère, n’est-il pas urgent de rire ?

Deux entrées, d’abord, dans ce parc d’attraction.
Au Nord, ceux qui veulent jouer les CRS, au sud ceux qui veulent jouer les gilets jaunes.
Prix unique pour les billets jaunes : 100 Francs, vieilles coupures acceptées. Gratuits pour tous ceux qui ont été condamnés au cours de manifestations non autorisées, violences, insultes… Mais aussi pour les lepénistes et mélenchonistes pas à jour de cotisations. Gratuit aussi pour les propriétaires d’un téléphone portable à moins de 500 euros.
Prix unique pour les billets bleus : 100 euros uniquement en carte de crédit black. Gratuits pour les ISF, les énarques, les militants «En marche» à jour de cotisations, les bobos certifiés, les commerçants de centre ville…
Une seule exigence à l’entrée : être à 3 grammes minimum après un passage obligatoire par une grande brasserie où on servira uniquement des «petits jaunes», Ricard et Pernod. Kronenbourg et Beaujolais Nouveau tolérés.
Une fois passé le portique de détection alcoolique, distribution du matériel. Coté jaune : un gilet fluo bien sûr, des iPhones derniers modèles, des battes de base ball, des casques, des cagoules, des drapeaux tricolores, des pancartes «Macron démission», «Non aux impôts», «Oui au RIC» référendum d’intérêts compulsifs.
Coté bleus, uniformes de la même couleur avec matraque, rangers, grenades de désencerclement, flash ball, lacrymogènes… Un fourgon par groupe de dix, un canon à eau pour dix fourgons, un hélicoptère pour dix canons.
Première partie du parcours : 1 000 mètres en ligne droite pour se mettre en jambe avec dix ronds points, feu de camp et buvette assuré(e)s, des figurants en voiture diesel qui font la queue. Pas de limitation de vitesse mais interdiction de foncer sur les jaunes.
Puis, deuxième étape, on débouche dans un centre ville reconstitué : boutiques de luxe, agences bancaires, abribus… Avec autorisation de tout casser et garantie d’une forte présence de bleus qui ont interdiction d’intervenir sauf provocations manifestes. Ce qui limitera cette interdiction grâce à un groupe d’animateurs-provocateurs en gilet noir baptisé «on n’est pas des vrais gilets jaunes».
Pour conclure, direction une cité interdite en carton pâte: avec ministères, centre des impôts, Arc de Triomphe, Assemblée Nationale, Sénat… Et un château en guimauve rose baptisé Elysée. Quartier ceinturé par les bleus qui ont l’ordre de ne laisser passer personne. Mais de céder le passage tous les quart d’heure en feignant d’être débordé pour assurer la fluidité de la manif.
A chaque étape, un stand où seront distribuées des perruques grises, des moustaches noires, des nez rouges et un service tatouages express.
Rapatriement gratuit pour les blessés en ambulance jusqu’au bar le plus proche. Mais défense de passer d’un camp à l’autre.
Pendant tout le parcours, une animation web avec un site «jaune et bleu» où chaque tribu pourra s’exprimer librement sur son portable. Un espace «insultes», un espace «rumeurs», un espace «victimes innocentes», un espace «on est très nombreux, la preuve»… Et un grand concours pour le yellow fake le plus populaire de la journée. Chaque lauréat aura droit à deux invitations à une grande chasse aux élites baptisée «pas de chef». Chasse à courre évidemment mais en 4x4 Pollution où seront lâchées les promotions des grandes écoles en terrain boueux, en smoking, mains attachées dans le dos. Un grand moment de détente qui se conclura par un banquet dans une caverne préhistorique en mémoire du bon vieux temps. Avec une animation assurée par un descendant en ligne directe d’Obelix.
En marge de ces réjouissances, une crèche pour les enfants et les petits enfants où des éducateurs spécialisés les prendront en charge avec une seule mission : apprendre aux enfants à exprimer leur rage en défiant toute autorité. MacDo et Coca à volonté, séances de paint ball…
Une anti-bibliothèque à la sortie du parc avec uniquement des livres extrémistes, 50 pages maximum et des vidéos de 30 secondes qui doivent impérativement attiser la colère populaire. Le tout organisé en plusieurs rayons : anti-immigrés, anti-écolos, anti-riches, anti-technocrates, anti-juifs, anti-péages, anti-viande… Et au sommet un espace VIP : anti-anti.
La journée se conclura par un grand débat organisé dans un amphithéâtre romain en plastic jaune fluo. Avec un public armé de tarte à la crème au gingembre face à des élus déguisés en clown avec écharpe bleu-blanc-rouge. Et au final, un lâcher de lions anorexiques !
L’ensemble sera ouvert uniquement le samedi. En cas de succès (probable), prolongation le dimanche et les jours fériés. Mais le parc pourra être également mis à disposition pour d’autres manifestations : contre le mariage pour tous, contre l’Europe, contre les fonctionnaires, contre les migrants, contre l’art contemporain, pour la peine de mort, pour les curés pédophiles, pour l’alcool au volant à plus de 180km/h, pour le travail au noir payé double, pour les bureaux de Poste dans tous les villages de plus de 10 habitants… Sans oublier toutes les associations para-humanitaires qui défendent pilotes de ligne, zadistes, chauffeur de taxi, cheminots, moniteurs d’auto-école… Et islamistes radicaux, sous réserve d’une étude technique préalable. Bref, une perspective infinie de développement, d’autant que le concept peut s’exporter facilement dans le monde notamment en Europe, Italie, Hongrie, Espagne avec des versions régionalistes…
Reste à trouver un nom pour ce petit paradis. Yellow SubMarine ? Un peu daté. Parc Astérix, déjà pris. Parc des pas contents ? Un peu mou. Alors pourquoi pas Parc France, tout simplement.
En attendant de trancher, par référendum évidemment, un jingle s’imposera : la Marseillaise de Gainsbourg. «Aux armes et caetera…»
Où implanter ce Parc ? Un par région, en rase campagne, pour revitaliser les zones rurales. Quelques dizaines d’hectares en friche avec pesticides suffiront largement. Et les transports ? Des bus Oui-Oui, inventé par le ci-devant Macron.
Un détail, au passage : qui dirigera le Parc ? Un candidat se présentera spontanément, c’est certain : Benalla, une bonne tête, un bon réseau. Bon connaisseur sur le terrain du maintien de l’ordre.
Reste à savoir comment financer un tel parc d’attraction. Très simple. Pour une fois, pas besoin d’inventer une nouvelle taxe. Il suffira d’interdire toute manifestation en dehors des Parcs France (appellation provisoire donc définitive) et de récupérer les sommes payées pour réparer les dégâts qu’elles auraient provoquées : heures supplémentaires de CRS et leurs munitions, mobilier urbain explosé, boutiques saccagées, voiture incendiées… Sans oublier les anti-dépresseurs économisés par les élites. Bref, les millards introuvables !
Avec, pompon rouge sur la cagoule noire, un partenariat solide de BFM Télé, qui réaliserait des sondages en direct et des matchs d’experts en blabla improvisé.
L’affaire devrait rapidement gagner beaucoup d’argent qui pourra être reversé à une fondation pour la défense de la connerie, chargée d’assurer la promotion de ce Club Med du 21ème siècle dont on vantera les mérites jusqu’à la fin du monde, sous peu.

Photo : La Marianne saccagée lors d’une manifestation à l’Arc de Triomphe. Un visuel qui pourrait servir à une campagne d’affichage pour le Parc France.