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Un homme de théâtre à l’Opéra de Lyon

Richard Brunel, metteur en scène et directeur de la Comédie de Valence, vient d’être nommé directeur de la prestigieuse institution lyonnaise.

Ils ont tous les deux des lunettes rondes. A part ça, pas grand chose en commun entre Serge Dorny, l’actuel directeur de l’Opéra de Lyon, et son successeur, Richard Brunel. Dix ans d’écart, mais surtout des parcours très différents. 

Dorny, un Belge, passionné de musique classique, il a notamment dirigé le London Philharmonic Orchestra avant de débarquer à Lyon en 2003. Onze ans plus tard, il postule à l’Opéra de Dresde. Mais il est licencié avant même d’avoir pris ses fonctions. La ministre des Arts et de la Culture de Saxe estimant qu’il n'avait pas «respecté les attentes qui étaient placées en lui». Retour délicat à Lyon où il retrouve son poste malgré les protestations de certains salariés. Finalement, il retente sa chance en Allemagne et sera nommé directeur du Bayerische Staatsoper de Munich, premier théâtre lyrique du pays. Une belle promotion. 

Brunel, lui, est un homme de théâtre. Formé à la Comédie de Saint-Etienne, il entre ensuite au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique où il côtoie Patrice Chereau, Robert Wilson et Peter Stein. En 1993, il monte la compagnie Anonyme. Suivent cinq ans de résidence au Théâtre de la Renaissance à Oullins. Puis il devient directeur de la Comédie de Valence en 2010 qu’il transforme en «centre de création et pépinière de jeunes talents». Son objectif : faciliter l’accès au théâtre. Avec des spectacles itinérants et des parcours d’éducation artistique. Il s’est également entouré d’un collectif de jeunes artistes aux univers variés : Eric Massé, Norah Krief, Caroline Guiela N’Guyen, Mathurin Bolze, Samuel Achache… Pour concevoir des «créations partagées». Il met en scène plusieurs pièces remarquées comme «Roberto Zucco» de Bernard-Marie Koltès ou «Diner en ville» écrit par Christine Angot. Car la force de Richard Brunel c’est d’être capable de passer des grands classiques de Labiche ou Brecht à des textes contemporains, des nouvelles, des poèmes et même des essais philosophiques.

Il va également s’essayer à l’Opéra. A Lyon justement où il présente en 2005 «L'Infedelta Delusa» de Haydn. Une première collaboration qui sera suivie d’autres, dont récemment «Le cercle de craie» de Zeminsky. L’histoire d’une jeune chinoise face à la misère, l’oppression et la prostitution. 

Un peu à l’étroit à Valence, Richard Brunel postule au TNP de Villeurbanne. Finaliste, il est devancé par Jean Bellorini du Théâtre Gérard Philipe à Saint Denis. Mais il rebondit très vite puisque seulement trois mois plus tard il apprend sa nomination à l’Opéra de Lyon. Une surprise pour beaucoup. Surtout que face à lui, se trouvaient quelques pointures de la musique : Bruno Messina du Festival Berlioz et Laurent Joyeux de l’Opéra de Dijon.

Un changement de profil intéressant pour cet Opéra en pleine mutation. Richard Brunel a d’ailleurs expliqué qu’il souhaitait «explorer de nouveaux processus de création» pour «permettre à la nouvelle génération de faire oeuvre à Lyon aux côtés des grands noms d’aujourd’hui». Il a aussi insisté sur «la grande attention» qu’il porterait «à la jeunesse» mais également «la diversité» et «l’accessibilité à tous les publics». Pas de doute, la programmation 2021/22 sera très attendue.