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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Distingué à Cannes par le prix «Un certain regard», ce film iranien raconte avec une belle sobriété le combat d’un homme contre la corruption. Son réalisateur est aujourd’hui menacé d’être condamné à sept ans de prison.

«Un homme intègre» Résistance en images

«Ma vie est foutue !»
Reza soupire, accablé par le sort. Grands yeux noirs, barbe de quelques jours, visage impassible… Cet éleveur de poissons rouges qui a quitté Téhéran vit en pleine nature avec son fils et sa femme, directrice d’un lycée dans son village. Vie paisible. Une maison en bois au bord d’un bel étang bordé de quelques arbres fragiles. Magnifique paysage. Mais de vilains oiseaux noirs attaquent son élevage, le réduisant à néant. Son banquier lui propose alors d’alléger ses dettes. Mais il exige un pot de vin. Reza refuse. Alors qu’une autre menace plane : la compagnie des eaux qui règne sur la région veut s’emparer de son terrain. Mais là encore il résiste. Inflexible, malgré les menaces et les sabotages.
«Pourquoi es-tu aussi têtu ?», lui lance son épouse, exaspérée.
Sa vie va alors devenir un enfer dans cette société où tout est arrangement et corruption. Policiers, juges, médecins, enseignants… Tout le monde touche. Et personne n’ose se rebeller contre ce racket généralisé. Hypocrisie et silence avec la bénédiction des mollahs. «On ne veut pas d’ennuis», murmure tous ceux qu’il tente de convaincre qu’il défend une juste cause. Mais Reza ne renonce pas. Il ira jusqu’au bout. En imaginant une machination diabolique…
Un film superbe porté par un beau couple, des comédiens de théâtre. Un jeu tout en simplicité. Des dialogues très natures et des images sans artifices, plans et lumières. Un rythme aussi, on n’est pas très loin du thriller. De l’action, jamais de longueur inutile, le tout soutenu part un scénario bien ficelé. Un style au fond très documentaire, ce qui donne une force incroyable à cet «homme intègre». Celle de la vérité. D’autant que le réalisateur, Mohammad Rasoulof, n’en rajoute pas. Pas de mise en cause frontale du régime, pas de grands discours enflammés. Il suit tout simplement un homme honnête dans une société pourrie, de la base au sommet. Plus efficace qu’un manifeste politique. Le regard d’un artiste. C’est peut-être ce qui a déclenché la fureur des Gardiens de la révolution qui viennent de lui confisquer son passeport. Alors qu’il avait obtenu l’autorisation officielle de tourner ce film en Iran en soumettant son scénario aux autorités. Accusé de porter «atteinte à la sécurité nationale» il risque sept ans de prison. Mais, séparé de sa femme et de son fils, il refuse de quitter son pays. Et il continue à parler, sans haine et sans crainte. A voir absolument.

« Un homme intègre » de Mohammad Rasoulof avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nassim Abadi, Misagh Zareh… Durée : 1h58.