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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Dernière représentation, ce vendredi, d’un spectacle qui a cartonné au Théâtre de la Croix-Rousse. Avec une comédienne impressionnante, accompagnée de cinq musiciens pour faire chanter le silence.

Un joli succès pour «Dévaste-moi»

Ne pas arriver en retard au Théâtre de la Croix-Rousse. Inflexibles. Mais là, ils n’ont pas tout à fait tort car les premières minutes de ce spectacle exigent un silence total, comme le souligne un ouvreur. On est donc condamné à se retrouver pendant un quart d’heure devant un téléviseur qui retransmet le show dans le local de la billetterie.
Mais pas question de renoncer. De nombreux «encartés» mytoc.fr ont envoyé des mails, des post et des sms pour célébrer ce «Dévaste-moi». Le minimum c’est d’aller vérifier.
Noir total, un rayon bleuté et surgit une silhouette rose, en robe longue. Accompagnée d’un Carmen, solo de violoncelle. On distingue un jeu de main. Et quelques musiciens en bord de scène. Introduction en douceur pour ce «tour de chant» pas comme les autres.
Enfin, on se retrouve au balcon. Entre un jeune sourd muet et une jeune femme, mutique.
Au centre, sur une petite estrade noire, la comédienne, en combinaison noire et talons rouges, dans un faisceau de lumière banche. Autour d’elle, en contrebas, cinq musiciens dans l’obscurité. Ses mains s’élancent, virevoltent. Langage des signes, ronds et pointus. Des images très vivantes qui interpellent. Traduction en direct par une belle voix off qui va planer sur cette performance.
«Quel genre de femme suis-je ?» Des gestes qui s’enchainent caressés par quelques notes, violoncelle toujours, assez magique. Et tout à coup : «Il ne me manque que la parole. Mais c’est absurde, je l’aie avec mes mains…».
Tout est dit. Suit une litanie très drôle sur le bonheur d’être sourd. «Je n’entends pas mon mec qui ronfle, mon fils qui exige un Kinder Bueno…» Et elle enchaîne par une chanson que son oncle a composée pour elle. Trompette, guitare, clavier… Gestuelle vive. Un corps en mouvement aussi. De la danse presque. Emotion. Des mots défilent sur l’écran. Le concert a commencé. On aura droit à tout. De Gainsbourg à Bashung, de Léo Ferré à Nina Hagen...
Puis tout à coup, elle glisse : «Quand j’étais petite, je poussai de grands cris. Mais pour les parents ça ne voulait rien dire. Alors ils m’ont surnommée la mouette».
Les séquences musicales défilent. On applaudit. Elle en profite pour lancer un défi au public. «Chant-signe». Lumière, elle explique comment reprendre en choeur «L’amour c’est du pipeau, c’est bon pour les gogos…». Tout le monde gesticule, sourire aux lèvres. Puis elle s’éclipse et revient en robe noire, en écartant un rideau sombre. Avant de se lancer dans un «Je suis venu te dire que je m’en vais» très mélo. Violoncelle bien sûr. Puis tout à coup, changement de planète. «Fais moi mal Johnny…» En déshabillé, escorté de plumages, rayon bleu et trompette. «Je suce le père Noël» perce l’écran. Puis sans transition «Dévaste-moi» une vraie performance. Avec des mots gravés sur une toile lumineuse : «lapide-moi», «gaspille-moi», «bois-moi», «explose-moi»…. Accompagné de cris et de bruitages insolites. Jusqu’au superbe final en combinaison dorée frangée de rouge.
Ovation du public dans une salle bondée. Un joli succès.

«Dévaste moi» mis en scène par Johanny Bert avec Emmanuelle Laborit et les cinq musiciens du Delano Orchestra. 1h20.