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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Une seule tête pour le Musée des Beaux Arts et le Musée d’Art Contemporain. La ville de Lyon a choisi la cohérence en espérant impulser une nouvelle dynamique à ces deux institutions.

Un MAC et un MBA à réinventer

«Une nouvelle page !»
C’est le défi lancé au MAC qui vient de perdre son père fondateur. Thierry Raspail régnait sur ce musée en briques rouges depuis plus trente ans. Malgré les critiques et les controverses, celui qui a fini par prendre sa retraite restera l’homme qui a su impulser une lumière contemporaine dans une ville souvent paralysée par ses prudences artistiques.
Début octobre, Sylvie Ramond, directrice des Beaux Arts, elle même à quelques années de la retraite, a reçu une deuxième couronne. Deux royaumes désormais sous son empire : le «Contemporain» et le «Beau» rebaptisé «pôle muséal». Avec une feuille de route tracée d’une main ferme quelle a elle même présentée : émergence, pluridisciplinarité, nouveaux territoires, international, partenariats innovants, mutualisation des publics…
«Nous allons créer la plus grande collection d’art hors Paris», a-t-elle annoncé au MAC en mettant en avant son modèle, la Tate à Londres.
Pour accomplir cette ultime mission, Sylvie Ramond sera «accompagnée». Ce qui veut dire que sa «gouvernance» sera «collective», «collaborative», «évolutive»… Accompagnée aussi d’un directrice, qui sera chargée sur le terrain de faire fonctionner cette belle machine imaginée par Renzo Piano.
Les accro du modern art annonçaient déjà plusieurs figures, notamment Jean de Loisy président du Palais de Tokyo, pour prendre la direction de ce musée. Mais on a eu droit à une promotion interne. Isabelle Bertolotti responsable des expositions au MAC depuis plus de 20 ans. Proche de la directrice des Beaux Arts, Pas très loin, elle aussi, de la retraite. «Elle connait bien la maison», selon la formule consacrée. Et peut afficher, comme c’est la règle dans cet univers, une belle collection de titres et diplômes. Dont l’Ecole du Louvre, passeport minimum.
En tout cas, au cours de son intronisation, cette experte de la «scène émergente» a tenu à faire savoir que son « cheval de bataille » serait «l’ouverture», pas simplement d’élargir les horaires mais aussi l’horizon en travaillant avec d’autres musées, des ateliers, des écoles… Elle pilotera également la prochaine biennale dont le commissaire sera justement Jean de Loisy. Décision prise avant sa nomination, a-t-elle souligné.
Derrière elle se profile un jeune homme, Matthieu Lelièvre (photo) nommé «conseiller artistique» du musée pour trois ans. Pour former avec elle «un duo». Au seuil de la quarantaine, il a son passeport du Louvre, historien d’art lui aussi. Mais une expérience dans le privé. Ce spécialiste de la jeune création va réfléchir à un projet pour le MAC. Il s’est donné un an, avant de rendre publique ses propositions. Afin de promouvoir «les talents de demain». Et on le sent assez libre. Un regard, il parle clair et semble déterminé. Espoir ?
Pas facile de tracer un chemin dans cette jungle à un époque où l’art contemporain s’interroge. «A-t-il encore quelque chose à dire ?», tonnait au terme de la dernière biennale, le magazine Télérama peu suspect d’être un média réactionnaire. En déplorant les longs discours fumeux autour d’oeuvres souvent assez transparentes. Difficile en effet de se maintenir au niveau de la provocation des années héroïques et d’ouvrir des perspectives nouvelles !
D’autant que les jeunes artistes contemporains sont souvent perplexes. Les petits, les obscurs, les discrets… Ceux justement dont les oeuvres n’arrivent pas à se faufiler dans les Palais et qui s’interrogent sur ce business où l’argent a souvent le dernier mot. Avec la bénédiction de certains barons de la culture.
Alors Lyon va-t-il s’affranchir de la doxa pour proposer une vraie alternative ? Sans attendre les fatwa de New-York, Berlin et Francfort, Barcelone, Venise ou Paris. Une alternative aussi bien pour le MAC mais également pour le MBA.
Un collectionneur proche du maire de Lyon estime que ce n’est pas gagné mais il ajoute aussitôt : «Ce n’est pas parce que Gérard Collomb ne parle pas souvent d’art qu’il s’en fout. Au contraire. Il a une vraie sensibilité artistique… Et une envie que cette équipe innove sur ce terrain très sensible pour l’image et surtout l’âme de la ville».

Nadège Michaudet et Philippe Brunet-Lecomte