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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Un magnifique secret

Françoise Charbonnier vient de publier son deuxième roman, «L’autre». Une centaine de pages magistrales. Histoire et style captivant. A lire sans hésiter.

Petit Jean est employé de banque. Un type génial qui a choisi une vie ordinaire. Un job dans l’obscur back office d’une banque où il a recruté Milou, personnage effacé. Etrange joueur, «seigneur des échecs». Ensemble ils tiennent le cerveau de cette respectable institution, ordinateurs, réseaux et bugs. 

Petit Jean se marie avec Bonnie, une blonde souriante, des rondeurs, fleuriste. Tout le monde l'adore. Entre eux, un fils fragile qui se cherche. Et surtout Madeleine, sa mère fantôme. Talons rouges vertigineux qui ont marqué son enfance, comme cette ombre qui s’est faufilée. Un amant invisible qui adore les fraises salées et le café au camembert.

Surgit alors dans la vie de ce banquier insolite, une rousse magnétique. Colette, rencontrée dans un bar minable. «Une bombe» qui va faire exploser cette tranquillité. Etrange amour. Intimité et distance. Double vie.

On ne va pas raconter ici le final de cette aventure. Il est saisissant. Un crime fleuri de roses rouges. Et en même temps, à chaque ligne, on sent monter un formidable suspens jusqu’au dénouement. Et on s’attend au pire, au mieux. 

Simplicité. S’il ne fallait qu’un mot pour résumer ce roman ce serait celui-là. Exercice difficile, très. Surtout pour plonger dans une histoire étrange et complexe. Mais le scénario est bien ficelé autour d’un «secret » habilement mis en scène. Celui de l’âme humaine. Douleur et mystère. Un univers vraiment original. Schizophrénie douce puisée aux origines, jalonnées de belles symétries entre générations.  

Résultat, une centaine de pages superbes qui ne peuvent pas passer inaperçues dans l’univers littéraire. La discrète maison d’édition qui a publié ce bel ouvrage a été bien inspirée.   

Quel style ! Phrases courtes, froides, mots familiers. Des dialogues vrais, puissants où se glisse un humour parfois cynique. Et un art de la répétition qui donne le tempo. Envoûtant !  On sent bien tout le travail du sculpteur. Un souffle qui pousse le lecteur au fil des pages, au bord du précipice. 

Depuis son premier roman, «Ultime délivrance» très réussi, quelle évolution pour la Lyonnaise Françoise Charbonnier ! Un talent qui a muri. Plus compact, dépouillé de tout artifice. Une densité, comme ce regard de Petit Jean aussi qui explore, implacable, ses profondeurs. 

«L’autre» de Françoise Charbonnier, aux éditions Spinelle, 124 pages.