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Le directeur du Théâtre de la Croix-Rousse met en scène la célèbre comédie musicale de Brecht en faisant un pari audacieux : inviter des marionnettes. Surprenant mais très réussi ! A découvrir au Toboggan.

Un «Opéra de quat’sous» porté par des marionnettes

Soho, quartier interlope de Londres, ses bordels, ses cabarets… Et ses gangs.
C’est le décor planté par Bertolt Brecht pour son «Opéra de quat’sous», mis en musique par Kurt Weill.
Deux caïds s’affrontent : Peachum, le roi des mendiants, et Macky le roi des voyous.
Le second séduit la fille du premier. Et l’épouse. Ce qui va provoquer la colère du père qui décide alors de dénoncer son gendre. Arrêté, il réussit à s’évader avec la complicité du chef de la police. Chantage de Peachum qui menace de perturber le couronnement de la reine. A nouveau emprisonné et condamné à mort, Macky sera finalement libéré. Et anobli !
Cette comédie musicale met en scène un univers où règne une faune cynique et joyeuse : voleurs, escrocs, assassins, putains… Et flics ripoux qui ont adopté la même devise : «La vie est courte, l’argent est rare».
Jean Lacornerie, directeur du Théâtre de la Croix-Rousse, a relevé le défi de mettre en scène cet «Opéra de quat’sous» joué et rejoué, en travaillant sur le texte original de 1928. Plus authentique, plus rapide, plus libre… Et sur une orchestration très jazz avec neuf musiciens talentueux qui accompagnent les chansons en allemand. Mais il a surtout lancé un vrai défi en associant à ce spectacle une vingtaine de marionnettes étonnantes créés par Emilie Valantin. De vrais personnages, parfois imposants, manipulés avec talent par les comédiens-chanteurs. Au départ, on est un peu surpris, presque gêné, par ces petits monstres qui se faufilent entre théâtre et musique. Mais rapidement, la magie s’impose. Des masques expressifs, une gestuelle très juste, un rythme… Et ce décalage des apparences où tous ces malfrats apparaissent comme des pantins dans un système qui les tient. Superbe !
Le décor accompagne parfaitement cette pantomime. Un jeu de cartons, de néons et de structures métalliques. Avec une table immense qui trône au centre de la scène. A la fois podium et forum, couloir et placard. Là encore, un pari réussi. Comme ces costumes qu’on enfile sur scène, qu’on ajuste et qu’on jette. Un spectacle total dominé par une petite troupe de fantômes qui impose un style loufoque et grinçant, comme ces années folles qui annonçaient des années noires.

«L’Opéra de quat’sous» de Bertolt Brecht et Kurt Weil mis en scène par Jean Lacornerie et mis en musique par Jean Robert Lay. Avec Vincent Heden (Mackie), Jacques Verzier (Peachum), Pauline Gardel (Polly), Nolwenn Korbell (Jenny)…
2h. Au Toboggan à Décines le 12 février.