0
Plateforme pour la culture / Lyon-région

«Un petit chef d’oeuvre !»

Toujours à l’affiche, «Parasite», la Palme d’Or, est un vrai succès populaire, pas loin du million d’entrées en France. Exceptionnel pour un film distingué à Cannes. La chronique d’un « Eclaireur de la Culture» pour mytoc.fr. Pas convaincu au départ mais conquis en sortant.

Franchement je n’avais pas envie de voir ce film. Mais je me suis laissé convaincre par mes amis qui, depuis des semaines, me répétaient en choeur : c’est génial ! 

Alors avec la canicule, je me suis dit : qu’est-ce que je risque ? Au pire deux heures au frais !

Pourquoi cet a priori ? Parce que j’en ai marre, comme un certain nombre de cinéphiles, de ce cinéma social, célébré par la critique. Je ne suis pas réactionnaire mais trop c’est trop. Rares sont les films qui échappent à cette mode de mettre en scène des histoires où les héros sont forcément ces fameux exclus ! Chômeurs, délinquants, migrants, femmes battues… Sujets sensibles souvent traités de façon automatique. En respectant un discours formaté. Un conformisme qui s’est imposé au cinéma. Et notamment dans les grands festivals. 

«Parasite», couronné par une Palme d’Or il y a quelques semaines à Cannes, s’annonçait dans la droite ligne de cette dérive. Et bien non, surprise, c’est un film effectivement génial ! Un grand moment et pas uniquement à cause de cette maudite canicule.

Je ne vais pas ici, raconter l’histoire de cette famille pauvre qui s’introduit dans une famille riche. Quelques mots quand même. Ils sont quatre, superbes acteurs, d’abord. Le père, la mère, la fille et le fils. Chacun va s’infiltrer dans cette belle villa de milliardaires qui domine Tokyo pour tenir un rôle : chauffeur, gouvernante, prof d’anglais et psy. Et ils vont devenir indispensables, ces exclus qui vivaient jusque là de petits trafics dans leur pauvre tanière. 

Face à eux, quatre privilégiés, superbes acteurs aussi. Le père, la mère, le fils et la fille. 

Une histoire vraie ou presque, parait-il. Et qui se termine dans le sang. 

Mais le regard de Bon Joon Ho sur ce faits divers est tout sauf convenu. Sensible, libre. 

Les riches ne sont pas méchants et moches mais niais. «Crédules», comme le dit en rigolant le chef de cette petite bande d’insoumis. Et même «ridicules» tellement ils sont naïfs. Tout en étant très hypocrites. Alors que les pauvres sont malins, très malins. Créatifs, spontanés, entreprenants… 

«L’avantage quand on n’a pas de plan, c’est qu’on ne peut pas se rater !», concluent ces parasites, soulignant toute la distance entre les riches qui sont enfermés dans des stratégies compliquées, toujours plus, et les pauvres qui se battent pour leur survie, trouver des solutions concrètes. 

Bref, on est loin des cantiques de l’époque. C’est ce qui fait l’originalité de ce petit chef d’oeuvre. Très drôle bien sûr. Un rire qui met à distance tous les a priori. 

Sensible aussi. C’est une des belles qualités du bon cinéma asiatique qui sait mettre en lumière avec finesse ce que les réalisateurs occidentaux sont souvent incapables de faire. Une odeur, un son, un souffle, un texture… En soulignant le sens qui se faufile dans un détail. La culotte de la psy, le sirop de prune familial, la transpiration du chauffeur…

Un peu long quand même, surtout le final qui aurait pu être allégé en hémoglobine. Mais on ne s’ennuie jamais. Alors oui, il faut aller voir sans hésiter ce thriller qui mérite largement sa Palme d’Or !

Walid Djemala, "Eclaireur de la Culture"

Lire aussi : https://actualites.mytoc.fr/evenements/sans-plan-rien-ne-peut-mal-tourner

«Parasite» de Bon Joon Ho avec Song Kang-Ho, Lee Sun-Kyun, Cho Yeo-jeong, Choï Woo-sik… Durée : 2h12. Au Comoedia et au Lumière Terreaux à Lyon.  

Photo : Cho Yeo-Jeong dans le rôle de la femme de monsieur Park