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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Un projet bien mijoté

Visite en avant-première de la Cité Internationale de la Gastronomie qui ouvrira ses portes à l’automne au cœur du Grand Hôtel Dieu.

«Au milieu de cet immense centre commercial, on se sent un peu comme le village d’irréductibles gaulois».

Solenne Livolsi, responsable de ce projet, ne cache pas son enthousiasme. 

Dans ces 50 000 m2 de boutiques, bureaux, restaurants et hôtel de luxe, 4 000 seront consacrés à ce «centre culturel et pédagogique», dans la partie la plus ancienne de l’édifice construit au 17ème siècle pour abriter les Hospices Civils de Lyon. Les bâtiments même où travaillait François Rabelais, médecin mais surtout auteur des fameux Gargantua et Pantagruel. Un parrain tout trouvé pour ce nouveau musée dont l’objectif est de défendre la gastronomie comme un véritable «art de vivre».

Le parcours sera organisé autour du dôme qui surplombe la grande cour du cloître. «Un chef d’oeuvre architectural tout juste restauré qui apporte une très belle lumière» qui abritera des sculptures en suspension, "treize cuillères en verres de 1,80m chacune, réalisées par un maître verrier de la région". Point de départ d’une exposition permanente imaginée par Solenne Livolsi du Musée des Confluences en collaboration avec l’agence de scénographie anglaise Casson Mann qui a conçue la Cité du Vin de Bordeaux. 

L'occasion aussi de revenir sur l’histoire de ce lieu emblématique qui abritait encore une maternité il y a dix ans : une maquette permettra de «contextualiser le site» en choisissant l’angle de l’alimentation et de la santé. Avec des explications sur les repas à l’hôpital et une apothicairerie restaurée. 

A quelques pas, un hall sera consacré à la star de la gastronomie lyonnaise, Paul Bocuse, avec son immense piano de cuisson gravé de ses initiales. Les Mères lyonnaises aussi seront à l’honneur, «les plus célèbres mais aussi d’autres moins connues», a précisé la commissaire qui est chargée de montrer que Lyon mérite bien son titre de capitale de la gastronomie, «il va falloir trouver des arguments !». D'autant plus qu'il y a des concurrents ! Trois autres villes ont obtenu ce même label : Dijon, Tours et Paris-Rungis. Conséquence de la reconnaissance par l’UNESCO du repas français comme «patrimoine immatériel de l’humanité». 

Alors elle n’a pas hésité à voir grand, et surtout digital. Notamment avec cette grande salle toute noire qui, grâce à des installations audiovisuelles, vont mettre l’accent sur «la notion de produit frais, de provenance, de terroir». Centre de diététique ? Non, car c’est d’abord la «notion de plaisir» qui sera mise en avant, «pas question de faire une expo moralisatrice où on pèse le visiteur en sortant». Des écrans géants reproduiront ainsi des étals de marchés qui évoluent en fonction des saisons, mais aussi une carte des spécialités de la région. Tandis qu’une grande table interactive permettra aux visiteurs de réaliser eux-mêmes des recettes de chefs étoilés. Des «expériences sensorielles» aussi avec l’opportunité de découvrir différents arômes de vin ou de toucher diverses textures de croûtes de fromage. Et bien-sûr un espace pour «imaginer l’alimentation de demain» en répondant à des questions sensibles : «Le bio peut-il nourrir toute la planète ?». Mais sans pour autant «défendre un discours vegan», précise Solenne Livolsi. 

Un nouvel arrivant sur la scène culturelle lyonnaise qui a associé d’autres institutions : le Musée d’Art Contemporain devrait prêter une vidéo performance de l’artiste américaine Anna Halprin au cours de laquelle des danseurs déconstruisent une scène de déjeuner. Le Musée des Beaux-Arts, lui, va également prêter deux tableaux représentant des scènes de cuisine ou de marché. Tandis que le Musée des Confluences ajoutera une touche d'histoire naturelle avec une planche de Phylloxéra, cet insecte qui a décimé les vignobles français à la fin du 19ème siècle. 

Les autres étages du musée seront consacrés à faire vivre cette Cité de la Gastronomie, avec notamment des expositions temporaires sur des produits, des régions,  des pays... Une Cité où on pourra aussi passer à l’action dans une grande cuisine professionnelle qui accueillera des chefs en résidence, avec des cours, des ateliers, des dégustations… Et un «Espace miam-miam» pour donner envie aux enfants de «bien manger».

Bref, un temple pour défendre cette sacro-sainte cuisine lyonnaise : sa diversité, sa qualité, sa renommée, ses figures. Soutenue par la volonté de s'adresser au plus grand nombre pour convaincre que mieux manger c'est aussi mieux vivre. Reste à savoir si cette Cité atteindra son objectif de fréquentation très ambitieux : 300 000 visiteurs annuels, «un peu moins que le Musée des Beaux-Arts».

Agathe Archambault