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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Ministre de la Culture sous François Hollande, Aurélie Filippetti publie «Les idéaux» où elle met en scène son histoire d’amour secrète avec un homme de droite. Prometteur…

Un roman étouffé par la politique

Elle parle très bien de son livre à la télévision, la radio… Voix douce, grand sourire et regard noir. D’autant qu'elle a choisi un beau sujet en mettant en scène une liaison secrète entre deux politiques, une femme de gauche et un homme de droite. «Une histoire impossible», dit-elle dès la première de ses 443 pages.
Un roman bien sûr. Mais le voile est léger. La femme c’est elle, Aurélie Filippetti et l’homme, ce n’est pas son ex, le très médiatique Arnaud Montebourg. Mais un baron de la droite, Frédérique de Saint-Sernin avec qui elle a vécu cette «histoire». Deux vrais personnages. Lui, fils de famille, égaré à l’extrême droite quand il était étudiant, devenu un fidèle chiraquien, élu et réélu dans son fief du sud-ouest, secrétaire d’Etat dans le gouvernement Raffarin, père de cinq enfants, catho… A droite, droite. Et elle, à gauche gauche. Fille de l’Est, un père mineur militant communiste, marquée par une enfance spartiate dans cette Lorraine dévastée par la casse industrielle, militante, athée, mère célibataire… Et la volonté de s’en sortir. Un choc de culture qui promet un bon roman.
Et c’est là où on est surpris car au lieu de s’envoler dans un souffle romanesque, on plonge dans un long discours politique.
Et rapidement, on est assommé par ce style pesant. Ces phrases à tiroirs avec un record à 185 mots ! Avant même de raconter, elle analyse. Des préalables laborieux avant de se lâcher un peu. Mais tout est très contrôlé, très politiquement correct. On n’est pas dans le sensible, mais le cérébral.
La mère d’Aurélie, on aimerait la voir, la sentir. Elle la suggère à peine. Son père est absent. Tout juste si on a droit à quelques lignes mordantes sur la mère de son amant, «grande femme aux yeux transparents, à la voix suave…». Et même son amant, on comprend qu’il est sympathique, délicat, drôle… Mais on ne le voit pas, on ne le sent pas. Il parle, elle parle… Interminables controverses droite-gauche, assez plates. Avec en prime des plaidoyers sans fin pour la vraie gauche, celle qui vient du peuple, pense peuple, rêve peuple… Mais qui gouverne comme la droite quand elle arrive au pouvoir, regrette Aurélie qui a participé à la farce.
Parfois quelques éclaircies. Et même de belles pages. Un portrait impitoyable de Fabius ou de Cahuzac qui ne sont pas nommés mais démasqués. Et surtout du «Prince», François Hollande.
Avec une critique cinglante des fastes ridicules de la République, de ces milliardaires qui imposent leur loi, notamment sur la grande presse qu’ils ont confisquée en quelques années… Ou encore une balade au Festival de Cannes présenté comme un défilé de mode.
Lui démissionnera, écoeuré, pour rejoindre une ONG. Elle, deviendra ministre à son tour, avant de démissionner aussi.
Reste la question posée au début et sans réponse à la fin. Comment peut-on aimer quelqu’un dont on ne partage pas les convictions ? Question naïve d’une Bécassine au pays des méchants, suggère méchamment Frédéric Beigbeder sur France Inter.
L’épilogue est, en tout cas, à la hauteur. En forme d’aveu et de renoncement. Elle évoque «l’idéalisme» de ces deux ambitieux qui «n’était peut être qu’une forme d’orgueil». En ajoutant : «Leur défaite les libérait. Désormais ils pouvaient penser à eux».
De quoi expliquer le désenchantement général vis-à-vis de la politique. Et la fragilité de la démocratie. Avec cette dernière phrase consternante qui verrouille ce labyrinthe : «Ce qu’ils pouvaient se dire c’est que ç’avait peut-être été cela, l’amour».

«Les idéaux» d’Aurélie Filippetti aux éditons Fayard. 443 pages.
Illustration : Edith Simonnet