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Plateforme pour la culture / Lyon-région

«Un rythme incroyable»

Tribune. Feydeau version années 80. C’est le défi relevé par Marie-Laure Rongier-Gorce. Un vaudeville à découvrir à la Comédie Odéon jusqu’au 5 octobre.

«C’était il y a 20 ans, déjà. J’ai suivi les cours de Joëlle Sevilla à l’Acting Studio de Lyon avant de monter La Compagnie et son personnel de bord. Avec mon équipe, on a présenté de nombreux spectacles, des classiques, Shakespeare, Molière… Mais aussi des vaudevilles, des pièces jeune public, contemporaines…

Pour ce nouveau projet, c’est mon acolyte, Yohan Genin, qui m’a proposé de travailler sur «Un fil à la patte» de Georges Feydeau. On avait déjà monté ensemble «Edgar et sa bonne» et «Le chevalier des dames» de Labiche. Deux pièces qu’on avait regroupé en un acte, dans un registre contemporain. 

Cette fois, on a décidé de transposer l’histoire de Feydeau dans les années 80. Car je trouve qu’il y a une vraie ressemblance entre 1890 et 1980. Deux périodes de fêtes mondaines, d’argent… Deux périodes à la croisée des chemins, avec un progrès qui va toujours plus vite. Les années 80 c’est aussi mon enfance, avec plein de bons souvenirs : les looks ultra-colorés, la musique… L’idée n’était pas de créer un pastiche de cette époque mais quelques clins d’oeil. Par exemple, Lucette Gauthier. A la base, c’est une chanteuse de cabaret. On en a fait une star du rock style Nina Hagen. On a conservé le texte de Feydeau mais on a travesti les personnages. 

D’ailleurs, on a pas mal insisté sur Lucette, qui est selon moi le personnage principal. Je voulais mettre l’accent sur cette femme forte et indépendante qui n’a commis qu’un seul pêché : tomber amoureuse. Je voulais en quelque sorte la réhabiliter et appuyer davantage sur la lâcheté de Bois d’Enghien qui ne sait pas comment lui avouer qu’il va se marier avec une autre.

Au total, il y a 24 personnages interprétés par seulement 6 comédiens. Ils passent de l’un à l’autre en changeant de costume. Ça apporte un rythme incroyable. Mais c’est un énorme travail pour ces acteurs qui viennent d’univers très différents : théâtre classique, improvisation et café-théâtre. Un melting pot qui apporte une belle complémentarité. 

On a joué ce spectacle pour la première fois il y a trois jours à la Comédie Odéon. Je suis assez contente surtout qu’on n’a eu seulement quatre semaines de répétition. Reste quelques éléments techniques à peaufiner. Mais on a vraiment de la chance parce que Julien Poncet, le directeur, nous a fait confiance en nous programmant alors que notre projet était loin d’être abouti. C’est important d’avoir des salles qui prennent des risques et font travailler des artistes de leur ville.»

«Un fil à la patte» à la Comédie Odéon jusqu’au 5 octobre