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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Un sacré naufrage !

Ivan Gouillon est actuellement au Off d’Avignon. Avec un spectacle qui avait conquis le Théâtre de l’Iris. Un phénomène découvert par mytoc.fr le soir du réveillon.

«Le 11 avril 1912, 1 512 passagers du Titanic périrent dans les eaux glacées au large de Terre-Neuve…» 

Un grand gaillard en smoking noir, visage poudré de clown blanc : Igor de la Cuesta y Villasalero Bukowski. Il monte sur scène pour rejoindre son pianiste, Boris, planté derrière son clavier drapé de paillettes, en uniforme blanc de capitaine. Décor minimum : un fauteuil rouge où trône une étole beige et un guéridon où sont posés des verres et une bouteille. 

Avec ça, il va tenir près de deux heures pour raconter sa vie. Un siècle d’aventures toujours sensationnelles. Une mère montreuse de serpents et un père danseur étoile, «Igor le magnifique» a choisi de vivre une vie de chanteur et séducteur, enchaînant les croisières transatlantiques. 

Le Titanic, Ivan de la Cuesta va s’en tirer en se faisant passer pour sa maitresse. «Les femmes et les enfants d’abord !» Mais il va enchaîner les exploits, souvent des naufrages, à bord de quelques paquebots célèbres : le Philippar, le Normandie, Le France… Sans oublier un cargo qui va provoquer une gigantesque marée noire ou le Costa qui va échouer sur les cotes italiennes. 

«Décidément je me demande si ce n’est pas moi qui porte la poisse !», soupire le superbe looser avant de s’éclipser. Nage indienne bien sûr, «la seule qui permet de regarder en arrière».

Et il va croiser les plus illustres figures. Souvent des naufrages, là encore. Un grand délire où se croisent d’innombrables personnages. De Proust «le temps du bonheur à l’ombre des jeunes filles en fleurs» à Scott Fitzgerald qui s’est inspiré d’Igor le magnifique pour écrire son Gatsby, Churchill «vieille citerne à whisky» avec qui il refait le monde, Oum Kalthoum à qui il apprend le grégorien, Robert Badinter pour une soirée de soulerie, Jean Paul II qui présente ses excuses à Galilée, Marguerite Duras dont il est bien sûr l’Amant, Maryline qui susurre son «Happy Birthday Mister Président», Charlie Chaplin, Michel Drucker, Albert Londres, les Sex Pistols, Daniel Cohn-Bendit…

Et cet as de l’improvisation n’hésite pas à bousculer son texte. «Je suis à deux doigts de mettre un gilet jaune». Ou à interpeller son public en le mettant à contribution, tout en se tournant lui même en dérision. 

Avec quelques scènes superbes comme le cambriolage du Watergate qu’il confond avec un studio d’enregistrement, sa nuit déguisée en caniche avec «la désopilante Yvonne De Gaulle», le vol d’Apollo 17, «douze jours à ramasser des cailloux» sur la Lune…

Le tout rythmé par un tube des Beatles, une chansonnette d’Adjani au fond de sa piscine, un poème de Gainsbourg qu’il célèbre en fumant une cigarette, le refrain de Champs Elysées ou un magistral «Fly me to the moon» de Sinatra ! Accompagné par son pianiste grognon avec qui il n’arrêtera pas de se chamailler. 

Et on a droit un final très drôle, dans une baignoire où l’animal plonge en maillot de bain une pièce à rayures rouges. «On est des milliards de chanteurs de salle de bain». Avant d’entonner un ultime standard. 

Une voix d’abord, puissante. Alternant les graves et les aigus, murmures et coups de gueule. Il chante, danse, gesticule… Un corps toujours en mouvement, dressé, souple, vif et tout à coup immobile, silencieux. Un visage enfin, tout en expressions subtiles pour souligner un mot. Etonné, furieux, moqueur. Un regard, une grimace, un sourire…

Pas de doute, Ivan Gouillon est un sacré phénomène !

«Life is a bathroom and I am a boat» texte d’Ivan Gouillon avec Ivan Gouillon et au piano Boris Mange. Durée : 1h45. Au Off d’Avignon jusqu’au 28 juillet.

Photo : Ivan Gouillon par Lucas Grenier