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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Un grand metteur en scène, Georges Lavaudant, face à un poète génial, Stanislas Rodanski. Déroutant, c’était le minimum !

Un silence fascinant

Vous adorez Stanislas Rodanski ? Allez courrez voir en urgence «Le rosaire des voluptés épineuse» et vous serez emballé par cette performance théâtrale de Georges Lavaudan qui, malgré sa vénérable expérience, n’a pas dit son dernier mot.
Sinon, il vaut mieux être affranchi avant de se faufiler dans l’univers de ce poète et romancier, inconnu du grand public et célébré par quelques initiés.
En deux mots, pour les «gilets jaunes» de la culture, Rodanski est un génie ignoré. Lyonnais ce qui aggrave son cas. Marqué au plus profond par ses déchirements familiaux, par sa judéité et sa déportation à la veille de la Libération. Un enfant du surréalisme, rejeté de surcroît par le pape de ce mouvement, André Breton. Voyou et poète, toujours à la limite, vols, trafic d’armes et de stupéfiants, prison… Avant de plonger, tête en avant, dans l’enfer psychiatrique. «Je me suis assis au bord du silence et j’ai pris la pose», écrira alors Stanislas Rodanski. Magnifique sentence.
Difficile de résumer en quelques mots simples une telle aventure.
La simplicité, ce n’est pas le choix fait par Georges Lavaudant. Et cela aurait été mission impossible pour le prophète du théâtre contemporain. A la tête de la Maison de la Culture de Grenoble puis du TNP Villeurbanne et de l’Odéon à Paris, il a imposé son «Théâtre Partisan». Même chose dans les différentes compagnies qu’il a créés et animées. Un demi siècle de règne. Un mythe qu’il ne faut pas piétiner, surtout aujourd’hui où on brule avec désinvolture les idoles, au nom d’une pseudo modernité.
D’ailleurs, impossible, même quand on connait mal ce maudit Rodanski, de rester insensible à ce «Rosaire» déroutant.
Des comédiens impeccables. Un couple noir et blanc accompagné par un magnifique barman en smoking rouge qui aligne ses cocktails colorés. Trio plongé dans un décor sublime : immense bar surmonté d’une impressionnante sculpture baroque, cerné de drapés noirs avec deux simples tabourets en avant scène. Lumière aussi, un véritable concerto bleuté, relayé par des images projetées qui donnent une profondeur à ce cénacle où se déroule une longue controverse. Entre un homme et une femme. Lui, le poète noyé dans l’alcool et une dame blanche qui incarne ses chimères, ses délires.
Alors, oui, il faut aller voire ce ultime Lavaudant. Abandonner, à peine plus d’une heure, ses écrans hypnotiques afin de célébrer Rodanski. Puis le lire surtout et le relire.
«Ne cherchez pas l’histoire», avoue honnêtement le metteur en scène en ajoutant : «Ça chemine, ça serpente, ça s’égare, ça se mord la queue (…) Il ne reste plus qu’à s’abandonner à une écoute flottante et rêveuse comme des flocons silencieux».
Tout est dit. Silence, insisterait peut-être Stanislas l’incompris.

«Le rosaire des voluptés épineuses» textes de Stanislas Rodanski mis en scène par Georges Lavaudant avec Frédéric Borie, Elodie Buisson, Clovis Fouin, Frédéric Roudier et Thomas Trigeaud. Présenté par le Théâtre des Célestins au théâtre du Point du Jour, jusqu’au 16 février. Durée : 1h15.