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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Un soleil rouge au Point du Jour

La nouvelle équipe qui dirige le Théâtre a présenté ce mardi matin les vingt spectacles de la saison prochaine. Très engagés !

«Oui, c’est une programmation très politique». Eric Massé assume quand on lui pose la question sur sa première saison à la tête du Point du Jour, en duo avec Angélique Clairand. Et il ajoute : «Mais aujourd’hui, les gens se passionnent pour la politique. Regardez les Gilets Jaunes ! Après, comment on parle politique, c’est toute la question». 

Sofffa, rue Sainte Catherine, à Lyon, au bas des pentes de la Croix-Rousse. Rue rebelle où le duo avait organisé son premier spectacle de la saison pour présenter les 89 levées de rideau programmées à partir du 20 septembre. Le temps de rénover la salle de 300 places qui sera équipée de nouveaux fauteuils, avec, en prime, un bar et un nouvel espace d’accueil. 

Une révolution ? Pas tout à fait. Mais le nouveau logo souligne cette «nouvelle identité» et la volonté de vivre en symbiose avec un quartier. Un grand soleil rouge réalisé par l’agence Grand Cheval Sauvage. Tout un programme ! «Le Point du Jour c’est là où le soleil se lève et se couche», ont souligné les deux directeurs, très complices !

Il faut dire qu’ils travaillent ensemble depuis vingt ans, après s’être- rencontrés à la Comédie de Saint-Etienne où ils étaient en formation. Et ils ont fondé Les Lumas, une compagnie qui va se distinguer avec des projets alternatifs et surtout par une volonté de jouer dans des lieux tout sauf conventionnels : appartements, prisons, usines, hôpitaux psychiatriques… «La marge nourrit la norme», précisent-ils au passage. 

Le ton est donné. Avec la photo de la saison qui figure en tête de leur plaquette : une manifestation anti-Erdogan de jeunes à Istanbul qui s’expriment uniquement par des gestes. 

Le langage, c’est d’ailleurs un des fils rouges de cette saison au Point du Jour. Langage des signes avec «Les mots qu’on ne me dit pas», reprise d’une création d’Eric Massé. Mais également «Tiens ta garde», mise en scène par un quatuor féminin ou «Otages» de Richard Brunel. Langues étrangères aussi : Syrien, Allemand, Espagnol, Wolof et même Parlange, un patois vendéen.  

Mais cette saison sera aussi marquée par des thématiques «sociétales» qui collent avec «l’ADN» de ce tandem : féminisme, migrants, lutte des classes, handicapés… Un esprit «nomade» qui «interroge le réel, explore l’humain et les territoires».

Avec quelques moments forts : «Elle et lui», une création d’Etienne Gaudillère, une vie amoureuse racontée à travers des grandes scènes du cinéma. «De l’Eve à l’Eau» d’Eric Massé et Angélique Clairand, la rencontre d’une vieille agricultrice et de sa fille citadine avec un migrant sénégalais. «Le direktor», adapté et mis en scène par Oscar Gomez Mata, une satire sur le monde des start-up. «Grand reporterre» de Jean-Pierre Baro, sur la radicalisation, qui pose une question «les radicaux d’aujourd’hui sont-ils les héros de demain ?». Et «Tiens Ta Garde» d’Itto Mehdaoui sur le féminisme et la violence que doivent affronter les femmes. 

Bref, «le plus petit des grands théâtres lyonnais» affiche clairement la couleur pour cette saison 2019/2020. En frappant fort au coeur de l’actualité.  

Benoit Bouby

La saison 2019/2020 du Théâtre du Point du Jour débutera le 20 septembre avec «Elle et Lui» d’Etienne Gaudillère. 

Photo : Eric Massé et Angélique Clairand dans «De l’Eve à l’Eau».