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Plateforme pour la culture / Lyon-région

"Un véritable carrefour musical"

Tribune de la chanteuse Marjolaine Karlin qui va donner un concert début mai à Bourgoin avec le Wati Watia Zorey Band, en hommage au poète et militant réunionnais Alain Peters.

«Je fais de la musique depuis une dizaine d’années en écrivant mes propres textes. Arrivée à la trentaine, j’ai eu une crise existentielle après la mort d’un ami. Ça a été une vraie remise en question. De nature très cartésienne, j’ai eu envie de profiter de la vie. Je suis donc allée à la Réunion en 2008 où j’ai découvert le Maloya, la musique traditionnelle des esclaves de l’île mais aussi les autres musiques de la région. Ce qui m’a profondément marquée. 

J’ai alors échangé avec Danyèl Waro, que j’avais déjà rencontré en métropole. Musicien et poète réunionnais qui contribue à populariser le Maloya. Je me suis rendue à de nombreux concerts. Et je leur ai dit que cette musique-là m’intéressait. Ce qui les a fait rire. 

En rentrant de la Réunion, j’ai rencontré les Moriarty à un concert de Maloya avec la chanteuse réunionnaise Christine Salem. Ils avaient déjà travaillé ensemble en 2012 sur l’album «Salem tradition». C’est un groupe de rock-folk mondialement connu, révélé par leur tube «Jimmy». Étant les seuls musiciens français à ce concert, on s’est réuni autour de cette musique. Puis nous avons décidé de monter Wati Watia Zorey Band. Wati Watia qui signifie en créole «mic-mac», une intrigue, une confusion. Et Zorey, le métropolitain. 

Rendre hommage à Alain Peters nous a paru une évidence car il est le chaînon manquant entre le folk à l’américaine comme Led Zeppelin qu’il appréciait, la chanson française, et le Créole Maloya. Un véritable carrefour musical. Il y a quelque chose de mythique chez lui. 

C’était un poète torturé, mais également très engagé en politique. Mort à 43 ans, il n’a pas été reconnu de son vivant. Les Réunionnais ne voulaient pas entendre sa musique. 

On a donc décidé d’organiser une série de concerts où on démarrait par une reprise de deux de ses chansons. C’était cool, on a pris du plaisir. Plus tard, on est passé à six chansons. On a pris notre temps. De leurs côtés, les Moriarty avaient leurs projets alors je leur ai dit : les gars, il faut y aller ! 

Après l’enregistrement de l’album, Anna la fille d’Alain Peter nous a contactés. Ce qu’on faisait lui plaisait. Elle a d’ailleurs fini par fonder son groupe de musique : Tapkal. Et elle nous a fourni deux chansons inédites de son père pour notre album : «Zanz in Lanfer», sorti en 2016.

Un second disque est en préparation. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les Réunionnais ne sont pas hostiles à ce que des métropolitains chante en créole. Ils sont même plutôt fiers. D’ailleurs, ils rentrent dans notre délire comme on rentre dans le leur. D’autant qu’on a apporté notre touche personnelle à ce que faisait Alan Peters.

Ceux qui veulent le vérifier peuvent venir à nos concert en mai. Nous avons une dizaine de dates programmées dont le 11 mai à Bourgoin. Malheureusement, il n’y a pas de date prévu à la Réunion. Pas encore !»

Wati Watia Zorey Band en concert le samedi 11 mai à la salle polyvalente de Bourgoin Jalilieu.