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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Un «Vice» très américain

Mise en lumière d’un homme de l’ombre qui va régner sur les Etats-Unis à un moment clef de son histoire. Grâce à un comédien exceptionnel. Et malgré une réalisation qui abuse des facilités cinématographiques.

«What do we believe ?»
Réponse : un grand éclat de rire. Il s’en étouffe de rire, ce politicien de Washington en calquant la porte de son bureau au nez d’un stagiaire qui l’interroge sur ses «convictions».
Dick Cheney jeune. Un bel avenir devant lui puisque ce «looser» finira vice-président de Georges Bush. Entre le traumatisme des Twin Towers et l’invasion de l’Irak pour «buter ce salopard» de Saddam Hussein.
Plus de deux heures pour mettre en scène ces années qui vont faire basculer le monde.
L’idée que développe ce film est simple, limite caricature, mais vraie. C’est dans l’ombre que tout se joue. Les grands de ce monde, ceux qu’on voit à la télé, ne sont souvent que des marionnettes. Alors que «les serviteurs humbles et zélés du pouvoir» en tiennent les manettes. Dick Cheney est à ce titre une symbole de cette bureaucratie invisible qui attise aujourd’hui la colère des populistes, rouges, noires ou jaunes.
Interessant donc ce «Vice» pour décrypter l’air du temps. Et l’origine de ce vent mauvais qui souffle sur les démocraties à bout de souffle : des élites qui renoncent à être exemplaires, au fond. Et le reste suit, calculs et bassesses, autorités contestées. Et colère populaire relayée par des chaînes d’infos comme Fox News qui hurle ses fatwas réactionnaires.
Intéressant donc même si ce film est trop américain, au mauvais sens du terme : des images choc, des dialogues faciles, une bande son qui bastonne, des plans coup de poing… Marre de cette violence au cinéma qui maltraite le regard. En prenant les gens pour des cons insensibles. Et qui marque les jeunes esprits.
Mais bon, difficile de résister à la tentation du spectaculaire quand on en a fait un business. Même si c’est suicidaire.
Mais Christian Bale qui incarne le personnage principal est formidable. Inoubliable dans «Swing Kids», il s’est emparé du rôle, acceptant de prendre plus de 20 kg. Grand, massif, chauve, lunettes rondes, regard noir perçant… Un monument ! Silencieux, lisse, impassible. Une simple grimace, à peine un sourire, un mot murmuré… Tout est dans ce jeu d’une étonnante sobriété qui donne toute la force à cet homme de l’ombre, cynique et implacable.
Rien que pour ce Bale assez génial, on peut aller voire ce «Vice» un peu assommant.

«Vice» d’Adam MacKay avec Christian Bale, Amy Adalsn Steve Carell… Durée : 2h14