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«Un vrai accompagnement»

De nombreuses compagnies de la région ont répondu au concours lancé par le Théâtre des Celestins. Avec en juin la sélection des trois lauréats par le public et un jury de professionnels. Interview d’Emmanuel Serafini, directeur des productions et conseiller artistique.

Pourquoi lancer un concours ?

Emmanuel Serafini : On avait cette idée en tête depuis plusieurs années. Car c’était devenu de plus en plus compliqué de répondre aux nombreuses sollicitations. A trois programmateurs, impossible de se déplacer pour tout voir. Ce concours avait donc pour objectif de nous permettre de découvrir de nouveaux artistes sur une période courte, au Théâtre des Célestins.

Vous avez reçu beaucoup de candidatures ?

246 ! 110 grands formats, des spectacles aboutis de deux heures maximum. Et 136 maquettes, des projets en cours qui devaient présenter un extrait de 15 minutes. C’est énorme pour une première édition ouverte uniquement aux compagnies de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Cela prouve qu’il y a un véritable besoin et je ne serai pas étonné qu’on double la saison prochaine.

Comment expliquer un tel succès ?

Depuis les années Lang, tout est art. Tout le monde pense qu’il a quelque chose à dire et peut donc prétendre jouer aux Célestins. D’autant plus qu’il n’existe pas de critères objectifs pour décréter qui est artiste ou pas. Un vrai problème car il y a moins d’argent pour programmer des spectacles. Donc moins de lieux pour accueillir ces créations. 

Vous aviez quand même des critères de sélection ?

Le premier, c’est qu’il fallait être de la région. On refusait aussi les monologues et les seuls en scène qu’on ne programme pratiquement jamais aux Célestins. Mais c’est le jury qui a défini ses propres critères : l’originalité du projet, sa pertinence, les risques pris… 

Qui a sélectionné ces projets ?

On a fait appel à un jury de sept professionnels : Jean-Luc Revol de la Maison de la Culture de Nevers, Jean Liermier directeur de Carouge à Genève, Sandrine Mini de la Scène Nationale de Sète, Laurent Rochut de La Factory à Avignon…

On a aussi constitué un jury public, avec 47 abonnés des Célestins. Des profils très différents : jeunes et vieux, hommes et femmes… On a été surpris de ne pas se retrouver avec toutes les têtes peroxydées du deuxième arrondissement ! Il y a même eu une dame non-voyante qui est venue avec son accompagnateur. 

Le public a été formé ?

Non. On a même fait en sorte que le jury public ne croise pas le jury professionnel pour éviter qu’il soit influencé.

Comment se sont passées les sélections ?

On a clôturé les candidatures début mars. On a fait un premier tri pour éliminer toutes celles qui n’entraient pas dans les critères. Ce qui nous a permis de tomber à 80 projets. Mi-avril, le jury s’est réuni à Paris pour une pré-sélection. Ils ont retenu 14 maquettes et 8 grands formats.

Comment se sont déroulées les auditions ?

On a présenté les 14 maquettes les 13 et 14 juin, devant le jury professionnel. Et 8 grands formats pendant trois jours devant le public et les professionnels. Un rythme soutenu !

Qui sont les lauréats ?

Le public a désigné la compagnie Cassandre avec leur spectacle «Quatorze» sur la première guerre mondiale. Ils ont réussi à traiter un sujet compliqué de manière décalée, légère et drôle. 

Les professionnels ont, quant à eux, retenu un projet audacieux, «En réalités», de la compagnie Courir à la Catastrophe, mis en scène par Alice Vannier, sortie de l’ENSATT il y a deux ans. Un texte difficile qui reprend une enquête sociologique de Bourdieu dans les années 70 à 90. Ils en ont fait un spectacle ludique en traitant de sujets de société forts : le racisme, l’égalité… 

Le prix de la maquette est revenu à Laurent Ziserman pour «A.N.A.», un spectacle inspiré du film «A nos amours» de Maurice Pialat qui associe des échanges avec sa scénariste, Arlette Langmann. Et des écrits de Pialat sur la peinture, sa seconde passion. Ce qui nous a séduits c’est l’interprétation forte des quatre comédiens.

Qu’est-ce qu’ont remporté les lauréats ?

Laurent Ziserman a touché un apport en co-production de 20 000 euros pour son projet. Et l’achat de dix représentations aux Célestins pour la saison 2020-21. Ainsi que notre soutien logistique, l’ouverture de notre réseau…

La compagnie Cassandre a remporté deux représentations dans la grande salle des Célestins et trois dans la petite. Et Courir à la Catastrophe, trois représentations dans la grande salle et cinq dans la petite en avril 2020.

Que deviennent les projets non retenus ?

Certains projets intéressants ont eu l’occasion d’attirer notre attention. Des projets qu’on va certainement programmer aux Célestins dans les années à venir.

Vous avez eu des aides pour organiser ce concours ?

Non. La région a refusé de nous soutenir. Et on n’a eu aucune aide supplémentaire de nos tutelles, notamment de la ville. On a donc géré ça sur nos fonds propres. Un engagement fort puisqu’on a investi près de 70 000 euros. Pour proposer aux compagnies sélectionnées un vrai accompagnement.

Quelles sont les principales difficultés pour les artistes émergents ?

Ils ont besoin de temps, de contacts, d’argent… Une combinaison de plusieurs facteurs. Le plus difficile n’étant pas d’émerger mais de durer. D’ailleurs, avec ce concours, on n’est pas sur l’émergence au sens jeunesse. La preuve, Laurent Ziserman a 55 ans ! 

Une deuxième édition est prévue ?

Oui mais on va avoir un problème technique car notre grande salle ferme d’avril à septembre pour travaux. On attend donc la rentrée pour travailler sur l’organisation de cette deuxième édition. 

Propos recueillis par Nadège Michaudet

Photo :  «En réalités» de la compagnie Courir à la Catastrophe