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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Une belle claque pour Offenbach !

Un "Barbe Bleue" à l’Opéra de Lyon qui tourne en ridicule les bouffonneries d’Offenbach. Belle caricature devant un public conquis par cette insolente performance.

Offenbach, quoi de plus ringard ? 

Au risque de défriser les amateurs d’opérette, rien ! 

Premier tableau. Une ferme et tous les accessoires pour confirmer qu’on est à la campagne : une baraque en bois, de la paille, une niche, une charrette… Et tout d’un coup surgit un paysan botté de caoutchouc, en bleu de travail, l’air abruti. Rejoint par une petite blonde à queue de cheval, en robe à fleurs, légère. Deux amoureux. Saphir et Fleurette, justement. Les dialogues s’enchainent logiquement : « Ah, je t’aime ! Il m’aime ! Je t’aime ! Qu’elle est heureuse ! Mon amoureux… »

Gestes et regards, tout est augmenté ! On sautille, on s’exclame. Manque un chœur pour soutenir la farce. Il ne va pas tarder. Les villageois. « Sur la place, il faut nous rendre…» 

Premières minutes, on a envie de quitter la salle, bondée, pour aller boire un petit verre de blanc au Foyer. Mais rapidement, c’est tellement «too much» qu’on est pris au piège de ce Barbe Bleue grotesque !

Tout le monde connait l’histoire de cet ogre qui dévore ses épouses. Un glouton qui à la tête de Kim le coréen. Manteau de cuir, nuque rasée, boucle d’oreille et chevelure bleutée. 

Il a délégué un valet pour recruter sa nouvelle victime. Vierge, bien sûr. Et c’est Boulotte, une brune nymphomane, robe rouge largement décolletée sur ses rondeurs, qui remporte le tirage au sort. «Un Rubens» dit le diable en l’embarquant dans sa jaguar noire qui se glisse sur scène. Elle sera la sixième. Et sa perte. Mais il a une «si jolie voix». 

On connait la conclusion. L’animal finira par être démasqué. 

En attendant, Fleurette est repérée. Une princesse, la fille du roi Bobéche qui se pavane dans son palais. Parfaitement ridicule avec son gros bide, sa couronne de travers, ses caprices. Et sa reine, monumentale, une robe tout en brillance. Autour du couple royal, le chœur toujours, cette fois en costume noir, s’incline jusqu’à terre. «Nous sommes vos valets, nous sommes vos valets» Alors qu’une sorte d’énarque filiforme organise le carnaval. Mariage en vue, Fleurette et Saphir, son berger devenu prince lui aussi. Pendant que Barbe Bleu, dans son laboratoire, mijote son ultime forfait. En urgence car il veut épouser la jeune promise.  

Alors ? Un beau spectacle parfaitement orchestré. Du rythme et pas une note de travers. Des comédiens-chanteurs parfaits. Et une superbe scénographie. 

Même quand on déteste les bouffonneries musicales, on est sous le charme. Et on rigole de bon cœur. Le public est conquis d’ailleurs.

Mais quelle claque pour Offenbach !



Philippe Brunet-Lecomte 



« Barbe Bleue » d’Offenbach, livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, direction musicale Michele Spotti, mise en scène Laurent Pelly, adaptation Agathe Mélinand, décor Chantal Thomas avec Yann Beuron, Carl Ghazarossian, Jennifer Courcier, Hélène Mas…



Légende photo : Albert Camus avec Maria Casarès