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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Thomas B Reverdy plonge les lecteurs dans le quotidien de Candice, jeune femme passionnée de théâtre qui se bat pour sa liberté. Finaliste pour le prestigieux Goncourt. Nicole Berthet, «Eclaireur de la culture» l’a lu pour mytoc.fr

Une Dame de Fer moderne

299 mots pour la première phrase de «L’hiver du mécontentement» ! Au rythme des virgules, le lecteur suit Candice dans une longue course à travers les rues de Londres. 
Nous sommes en 1974, alors que l’Angleterre est secoué par une crise politique avec des grèves sans précédent, l’héroïne intègre la City Wheelz, une agence de messagers à vélo, «l’époque est mûre pour ça, c’est écolo et très peace comme concept». Seule femme dans cet univers masculin, Alice vient d’avoir 20 ans, «un âge où la vie ne s’est pas encore réalisée. Où tout n’est encore que promesses – ou menaces». 
Ce job, elle l’a trouvé deux ans plus tôt quand elle a décidé de quitter la maison familiale d’Islington Park pour vivre sa vie et prendre des cours d’art dramatique. Elle revient à l’improviste pour les fêtes ou pour sa mère qui l’envie d’avoir su partir «ce qu’elle n’a jamais pu faire», coincée entre une brute de mari et son autre fille, Alice, «une bonne fille, selon des tas de critères», bibliothécaire à mi-temps, mère de famille et surtout très jalouse de cette sœur aînée, la «fille prodigue», que l’on préfère parce qu’elle est libre, que sa vie c’est le théâtre, l’engagement politique qui lui coutera ce job auquel elle tenait tant malgré la souffrance, malgré «les marques, les rayures sèches laissées par le froid». 
Alice est loin de se douter, que sa sœur paie très cher sa liberté. Difficile d’être une jolie fille et de subir les assauts d’une gente masculine qui croit encore au droit de cuissage. Heureusement il y a Jones… et Richard III qu’elle incarne avec toute sa féminité «les cheveux tirés en arrière… les yeux qui brillent… juste soulignés de noir… les mains qui tremblent légèrement. Elle serre les dents, elle serre les poings. Elle lève la tête en l’étirant exagérément, en se tordant le cou, un large rictus sur le visage. Tout le monde sait qui est en joue, au bout de son regard». La Dame de Fer est dans la salle.
Passé la première phrase, le style est vif. Des phrases courtes, sans verbes, qui sonnent comme les titres de la presse. Un enchainement rapide qui rappelle le ton des discussions politiques enflammées… Et très vite on s’attache à cette jeune femme éprise de liberté et passionnée de théâtre. La force de l’auteur est d’avoir su, au fil des pages, dépeindre une Angleterre loin de son image policée. En égratignant la famille britannique, l’univers machiste du travail… Difficile d’imaginer que nous sommes dans les années 70 tant le combat de Candice pour s’émanciper semble à la fois d’une autre époque et terriblement d’actualité.

Nicole Berthet

«L’hiver du mécontentement» de Thomas B Reverdy aux éditions Flammarion, 224 pages.