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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Une jolie guerre de femmes

Le deuxième film de Louis Garrel confirme le talent de cet acteur qui se met en scène avec sa propre femme. Dans un drame familial soutenu par des bons dialogues. A voir.

«Je vivais avec Marianne depuis plus de trois ans, jusqu’au jour où…»
Une voix off, celle d’Abel, Louis Garrel. Puis face-à-face dans un couloir. Lui, ébouriffé, jean et gros pull, il s’apprête à partir au travail. Elle, Laeticia Casta, vêtue d’un simple tee-shirt, devant la porte d’entrée de leur appartement. L’air décidé.
«Je suis enceinte !»
Silence
«Mais c’est génial !»
«Je suis enceinte mais pas de toi !»
Nouveau silence. Il veut savoir de qui. Elle lui avoue que le père c’est Paul, leur meilleur ami. Et lui annonce qu’il doit quitter les lieux, sous dix jours. Brutal.
Tout se joue sur ces visages. Abel perdu mais impassible. Marianne froide et mystérieuse, implacable. Plans rapprochés bien cadrés et dialogues vifs.
Dix ans plus tard, sans transition. Ils se retrouvent à l’enterrement de Paul. Une nouvelle aventure ? C’est mal parti. Joseph, le jeune fils du disparu, glisse à l’oreille d’Abel le revenant : «Papa, c’est maman qui l’a tué».
Belle ouverture pour le deuxième long métrage de Garrel. Pas facile d’être l’acteur principal d’un film qu’on met en scène. Mais il a trouvé le truc : être le spectateur de son destin ! Un peu à la Jean-Pierre Leaud, d’ailleurs, son parrain qu’il vénère. Comme lui, il a la gueule : yeux noirs, nez en couteau, sourire timide. Parfait !
Tout va tourner autour de ce jeu insolite. L’homme fidèle subit cette relation à trois. Alors que surgit une petite blonde amoureuse de lui. La soeur du mort ! Qui va gagner «la guerre» entre ces deux femmes étranges ?
Un suspens à la française. Sans effets spéciaux. Tout en légèreté et finesse. Des dialogues toujours directs, secs et tranchants. Une modernité portée par cet enfant têtu qui va enquêter sur la mort de son père. En manipulant les uns et les autres. Et on finit par se demander qui manipule qui.
Joli film. Des gros plans soignés, en revanche quand l’image s’élargit, ça flotte un peu. Notamment le final dans un cimetière où tout se dénoue.
Mais la force de ce drame familial c’est son rythme qui provoque rires et surprises, sans en rajouter. A peine plus d’une heure, un exploit aujourd’hui !

«L’homme fidèle» de Louis Garrel avec Louis Garrel, Laeticia Casta, Lilly-Rose Depp… Durée : 1h15