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Plateforme pour la culture / Lyon-région

«Une psychanalyse de l’actualité»

Tribune. Une dizaine de dramaturges réunis pour créer un spectacle en quelques heures seulement. C’est le défi de cette coopérative d’écriture éphémère dirigée par Samuel Gallet.

«Je suis auteur et co-responsable du département des écrivains dramaturges de l’ENSATT à Lyon. Depuis une quinzaine d’années, je participe à des formes d’écritures collectives au sein de différents groupes, dont la coopérative d’écriture éphémère accueillie par le NTH8. L’idée est simple : réunir des écrivains pour proposer des textes dans un temps relativement court. Cette année, on a convié des étudiants de deuxième année, des auteurs français confirmés comme Laura Tirandaz, Julie Rossello-Rochet et Guillaume Poix. Et des Mexicains : Óscar Chapa, Luisa Manero Serna et Adolfo Sanchez, qui écrivent tous pour le théâtre.

Notre matière première : l’actualité au sens large, c’est-à-dire tout ce qui se passe dans le monde et qui est traité par les médias, locaux, nationaux, internationaux… On reprend cette information furtive pour en faire quelque chose de théâtral, la poétiser. 

On se retrouve vers 8h30 et on commence à décortiquer la presse, web et papier. En observant ce qui est repris partout, ce qui est original… Il faut faire des choix. Au bout de deux heures, on écrit chacun dans son coin des textes, dans des formats et des styles différents : quelques mots, un monologue, un poème, un manifeste, une interprétation… Parfois, on se donne des contraintes : se concentrer sur un pays, proposer un texte qui sera mis en musique, évoquer une figure comme Phèdre ou Hamelt… On veut aussi faire un clin d’oeil au quartier dans lequel on travaille, celui des Etats-Unis dans le 8e arrondissement de Lyon. 

Cela nous emmène à 15h environ. Là, on met tout en commun et on essaie de trouver un ordre dans ce fouillis. Reste ensuite à monter le spectacle puis à le répéter une fois, juste avant de le jouer à 19h. 

Le côté urgence de cette revue de presse est excitant mais ne nous permet pas de concevoir une mise en scène. On a juste un micro par lecteur et une percussionniste qui nous accompagne, Mélissa Acchiardi. Chacun lit dans sa langue natale, français ou espagnol, mais on se demande encore si on va proposer une traduction au public.

Cet exercice nous permet de rompre un peu avec le côté solitaire de l’auteur. Un moment passionnant où on se confronte à des esthétiques diverses et des regards complémentaires voire contradictoires.
Au-delà de la contrainte du temps, il faut réussir à saisir un élément qui puisse raconter quelque chose de notre époque. On est presque dans une psychanalyse de l’actualité. En revanche, on n’est pas du tout dans une critique des médias. Ce qui nous intéresse c’est l’information, pas son support.»

«Coopérative d’écriture éphémère» les 15, 16 et 17 avril au NTH8. Spectacle gratuit. Durée : 1h.