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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Le couvent de la Tourette a inauguré ce weekend une exposition consacrée au vitrail contemporain. Panorama très riche qui révèle aussi tout le travail des artistes et des maîtres-verriers. A ne pas manquer.

Une rétrospective très lumineuse

“Pas facile de faire une exposition sur les vitraux !”, s’exclame sourire aux lèvres Marc Chauveau, commissaire de l’expo, historien de l’art et frère dominicain au couvent de la Tourette. Alors il a choisi un angle original : le travail préparatoire qui associe le maître-verrier et l’artiste. Et ils sont nombreux à s’être intéressés au vitrail, avec des grands noms comme Alberola, Asse, Soulages, Viallat, Vieira da Silva... Attirés, sans doute, par cette magie qui fascine tous les créateurs, la lumière.
L’exposition propose des dessins, croquis, maquettes parfois grandeur nature, études préparatoires soigneusement annotées, peintures, aquarelles, collages… Mais aussi des vitraux exposés dans les salles de cours du couvent, avec vue sur champs et forêts.
Tous les styles sont représentés, des dessins colorés du Stéphanois Carmelo Zagari jusqu’aux lignes épurées de Pierre Soulages. “Nous avons fait une tournée des églises pour mettre en valeur une sélection de vitraux contemporains réalisés depuis 40 ans. Avec la complicité des artistes et des maitres verriers nous avons réuni des pièces très intéressantes», souligne le commissaire en robe blanche qui a travaillé sur cette rétrospective avec Christine Blanchet, historienne d’art.
Une dizaine de salles du couvent de la Tourette ont été réquisitionnées, avec une scénographie soignée, des textes simples mais précis. Et surtout une belle lumière.
Avec notamment une cacophonie de silhouettes géométriques, l’Apocalypse vu par Georg Ettl, travail préparatoire pour la collégiale de Saint-Romans sur Isère. Ou encore le “Premier homme” par Markus Lüpertz, un Adam noir au visage esquissé en quelques traits. Jean-Marc Cerino présente lui une Marie-Madeleine fantomatique, toute en transparence sur un verre opaque. Alors que Carole Benzaken transforme le motif du calice en tulipes joyeuses et colorées et que Sarkis présente des vitraux composés de milliers d’empreintes digitales pour l’abbaye de Silvacane. “Autant de traces du passage des fidèles”, souligne marc Chauveau.
A noter aussi, un beau portrait par Martial Raysse, une Vierge de profil dans des tons style pop art. Stéphane Belzère signe, lui, une magnifique “Chute des anges”, enfer de figures rouges sang sur fond bleu glacial, pour la cathédrale de Rodez.
Une explosion de facettes multicolores réalisées par Jean Le Moal pour la cathédrale de Nantes, fait écho aux mosaïques déstructurées, grises et ocres, de la Portugaise Maria Helena Vieira Da Silva. A l’opposé de la sobriété des arcs de cercles bleus et roses de la cathédrale de Nevers par le Suisse Gottfried Honegger. Ou des bandes verticales de Geneviève Asse, élancées vers le ciel, “métaphore du silence”.
Une belle exposition qui montre tout le travail réalisé pour concevoir un vitrail à partir d’une simple esquisse. En soulignant l’incroyable diversité de cette création contemporaine. Tons pâles presque transparents ou couleurs explosives. Simplicité géométrique ou déchainement de formes. Joliment mis en valeur dans ce temple de la lumière signé Le Corbusier.

«Vitrail contemporain, une proposition faite à la lumière», jusqu’au 22 décembre 2018, Couvent de la Tourette à Eveux, tarifs : 7 euros et tarif réduit : 5 euros

Agathe Archambault

Photos de haut en bas (détails) : oeuvre de Markus Lüpertz, Carmelo Zagari et Gérard Garouste