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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Amélie Casasole, qui a succédé à Alain Moreau à la tête du Théâtre de Villefranche, assume cet héritage en adoptant une nouvelle démarche pour élargir son public. Interview.

«Une saison attractive et innovante»

Quel est votre parcours ?
Amélie Casasole : J’ai commencé comme directrice des affaires culturelles de la ville de Genas. Puis j’ai dirigé pendant 7 ans le Théâtre de l’Atrium à Tassin, une salle municipale pluridisciplinaire. Avant d’accompagner pendant quelques années des artistes, essentiellement dans l’univers du théâtre, pour les aider dans la production et la diffusion de leurs projets. Puis à 43 ans, j’ai pris la direction du Théâtre de Villefranche.
Pourquoi ce théâtre ?
Pour moi, c’est un des plus beaux théâtres de la région. Un vrai théâtre construit en 1896 et inauguré par la Comédie Française. Un lieu qui a une âme et une histoire. Avec une belle salle de 600 places, chaleureuse, où on a la sensation d’être très proche des artistes. Il y a aussi un magnifique balcon, un parquet en bois, une hauteur sous plafond qui nous permet de programmer des spectacles variés… Et puis il y a aussi un public, fidèle et curieux qui applaudit spontanément, reste après les spectacles pour rencontrer les artistes… Je sentais déjà cette ambiance quand je venais voir des représentations ici. Mais le vivre de l’intérieur c’est quelque chose de fort.
Succéder à un directeur qui est resté à la tête de ce théâtre pendant 28 ans, ce n’est pas trop compliqué ?
Ça met une certaine pression mais c’est motivant ! Car Alain Moreau a vraiment marqué l’histoire de ce théâtre. Mais on n’est très différents, pas de la même génération, c’est un homme je suis une femme… J’ai d’autres méthodes de travail, d’autres envies. Il a donc fallu que je reprenne en main pas mal de choses pour m’approprier ce lieu, tout en respectant ce qui avait été fait.
Quelles sont vos envies ?
Il faut y aller en douceur, respecter l’histoire de ce théâtre. Le public a ses habitudes, on ne peut pas tout bouleverser du jour au lendemain. D’autant que je ne veux pas changer pour changer mais apporter quelques nouveautés, être ouverte à ce qui se passe aujourd’hui dans cet univers du spectacle vivant. Je souhaite programmer des spectacles fédérateurs pour attirer un public familial, des spectacles accessibles. Mais je souhaite aussi inviter de jeunes créateurs qui sont dans une démarche de recherche, intéressés par les écritures contemporaines, pluridisciplinaires… J’aimerai réussir à faire prendre un chemin au public, leur faire découvrir la danse grâce à un artiste connu pour ensuite qu’ils osent découvrir un chorégraphe dont il n’ont pas entendu parler.
Vous voulez prendre par la main les spectateurs ?
Non. Je n’aime pas cette expression qui a un côté infantilisant. Et qui oppose les sachants aux autres. Cela ne donne pas une bonne image de la culture. Je veux leur donner envie, ou plutôt leur permettre de réaliser qu’ils en ont envie. On se pose moins de questions pour le cinéma. Même si on est pas sûr d’aimer, on y va. Alors qu’au théâtre, la plupart des gens ont peur de s’ennuyer. Peut être que le fait d’avoir des comédiens face à eux rend la charge émotionnelle plus forte. Et puis c’est plus compliqué de quitter une salle de théâtre quand on est déçu.
Comment attirer le public ?
Ce n’est pas facile. Exemple avec la danse contemporaine, le grand public est généralement frileux. Pourquoi ne pas leur proposer des spectacles à mi-chemin entre cirque et danse. Un très bon moyen de faire venir des familles et leur montrer que cela n’a rien d’élitiste. L’objectif c’est qu’ils passent un bon moment pour avoir envie de revenir et découvrir des spectacles un peu plus exigeants. Ce qui ne veut pas dire intello ou fumeux. D’ailleurs, la plupart des artistes exigeants ont réussi à devenir accessible comme Shakespeare ou Molière. Même s’il y a plusieurs degrés de lecture, tout le monde pour comprendre leurs pièces. Même chose dans les écritures contemporaines. Il y a beaucoup plus de créations accessibles. Tout dépend de la communication.
Mais comment les convaincre ?
Au lancement de saison, on propose aux artistes de venir parler eux-même de leurs spectacles au public. J’ai aussi décidé d’accueillir des artistes en résidence comme David Lescot, qui a remporté un Molière avec son spectacle sur Nina Simone, un mélange de passages parlés et chantés. Il n’était jamais venu à Villefranche mais on a rempli la salle. C’est ce genre de spectacles que je recherche, une écriture extrêmement fine mais accessible. Même chose avec «Ces filles-là» d’Anne Courel qui évoque le cyber harcèlement. Un texte écrit par un auteur anglais d’une trentaine d’années avec une douzaine de jeunes comédiennes amateurs sur scène. Des filles qui vont être des ambassadrices de leurs camarades. Une manière pour nous d’ouvrir la culture. Et de sortir de l’entre-soi.
Vous programmez aussi des têtes d’affiche ?
Bien sur. Cette saison, on a le jazzman Brad Mehldau, Benjamin Biolay, Guillaume Meurice… Mais aussi «Le misanthrope» de Molière mise en scène par Louise Vignaud… Ce sont des piliers de cette saison à la fois attractive et innovante.

Propos recueillis par Philippe Brunet-Lecomte et Nadège Michaudet