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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Une vérité magistrale

Projeté  hier soir à Cannes et en simultané à Lyon, «La Belle époque» de Nicolas Bedos met en scène l’histoire loufoque d’un vieux qui veut revivre sa jeunesse.  Génial !

«16 mai 1974 à Lyon» 
Une ville, un jour, une année. C’est ce qu’exige Victor pour qu’on reconstitue un moment clef de sa vie. Il avait alors 20 ans. «C’est là où j’ai rencontré une personne que j’aime beaucoup» dit-il simplement. Belle époque. Le nom aussi du bistrot où cet apprenti dessinateur a croisépour la première fois celle dont il est tombé amoureux sur le champ. Margot, devenu sa femme dont il vient justement de se séparer. 
A qui parle Victor ? A un metteur en scène, Antoine, qui lui propose un grand plongeon filmé dans le passé. Une folie que lui a offert son fils.
«C’était pas mal à l’époque, tout était plus simple«  murmure Victor, gros bide, barbe grise et touffue, cheveux gras et rides profondes. Veste et pantalon informe. Un épouvantail. Regard perdu, surtout.
En régie, Antoine le magicien va orchestrer cette performance. Après avoir minutieusement fouillé dans son passé. On retrouve ses vieux dessins, on le déguise, pantalon patte d’éléphant, chemise bariolé, col pèle à tarte, grosse cravate, gitane sans filtre… Et on sélectionne quelques vieux tubes, rock and roll.
Victor joue le jeu. Il s’attable dans le bistrot, commande une Suze dans un nuage de fumée. Surgit une comédienne qui a été réquisitionné pour le rôle. Une rousse, un caractère. Très libre. Le genre même pas peur, coup de boule et pipe quand ça l’inspire. Le scénario est millimétré. Le moindre mot, le moindre soupir, le moindre geste…  Alors que le juke box hurle : « Si tu me crois pas, t’vas  voir ta gueule à la récrée»
Tout est reconstitué avec une précision diabolique pour faite revivre ce coup de foudre. En direct. Avec figurants équipés d’une oreillette et caméras dissimulé dans le décor… Une super-production… intime. 
«Je sais que tout ça est faux mais ce n’est pas désagréable» avoue le héros qui commence à craquer. 
Les séquences s’enchainent. Dîner blanquette de veau arrosé, de vodka, fête années 70 avec fleurs et marijuana, virée rigolarde en R16… Planqué en régie, Antoine amoureux de la belle comédienne, mène la danse, inflexible et brutal. En tenant chaque réplique, chaque geste, chaque mimique. Puis tout à coup,  il est dépassé. Quelque chose se passe entre ses deux marionnettes. Un vieux bouc face à une fleur fragile. «Elle en fait trop !»
Du rire aux lames tout en subtilité. La magie de cette «Belle Epoque» signée par un Nicolas Bedos, toujours no limit. On l’imagine très bien lui-même en régie ! 
Un style d’abord, une vraie écriture cinéma qui alterne, vitesse et lenteur, ombre et lumière, gros plan et perspective.… Belle maîtrise. Même si le final est un peu niais, comme la vie souvent !
Trois comédiens superbes, aussi. Le réalisateur-manipulateur, Guillaume Cannet. Et cet incroyable couple : Daniel Auteuli et Dora Tillier, fabuleux, escortés par une petite troupe très convaincante, Denis Polalydes, Fanny Ardent, Pierre Arditi… 
Une projection au coeur de Lyon, quelques heures, après la bombe de la rue Victor Hugo. Salle à moitié vide vu le quartier bouclé. Mais public conquis, malgré tout. Applaudissements chaleureux, un beau moment. 
Une «Belle époque» qui va faire un malheur. C’est un vieux qui parle. Un vieux qui avait tout juste 20 ans le 16 mai 1974, à Lyon, comme Victor, qui porte le même nom que son fils ! Hasard, magie donc. Mais ça permet de dire simplement que ce film a une force : il est vrai ! Et au fond très contemporain car il interpelle avec légèreté sur une question grave : apprendre à mourir. A voir plus loin que ses peurs. A vivre. 

«La belle époque» de Nicolas Bebos avec Daniel Auteuli, Dora Tillier et Guillaume Cannet. Durée : 1h55