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Vian-Teulé Une belle fraternité

Ils n’étaient pas très nombreux à se retrouver autour de Jean Teulé, ce samedi, à la Libraire Decitre d’Ecully. Dommage, un moment fort où l’auteur de «Gare à Lou» avouera sa fascination pour Boris Vian.

«Mon livre préféré ?»

Jean Teulé n’hésite pas une seconde : «L’écume des jours» ! 

Alors que dans une chronique de son dernier roman, mytoc.fr soulignait justement quelques jours plus tôt : «Il y a du Boris Vian chez ce Teulé loufoque. Un rythme aussi, assez musical, qui rappelle «L'écume des jours». Une drôlerie grinçante aussi où on peut glisser ses propres délires…»

«Pas un livre, pour moi, une porte», s’enflamme Jean Teulé en répondant à une question de mytoc sur cette «Ecume» en évoquant ce «travail incroyable» qui provoque chez lui des «moments d’émotion» tout aussi incroyables. On ne l’arrête plus : «Une histoire d’amour folle», «un livre poignant», «un très beau titre»… Pour conclure en fanfare : «Boris Vian c’est génial». 

Vêtu de noir, bronzé, voix légèrement précieuse, l’écrivain choisit ses mots. Logique. Souriant, parfois cinglant mais toujours bienveillant. 

Fasciné par Vian, il rebondit avec une anecdote. A la fin des années 80, il décide d’interviewer sa veuve, la danseuse Ursula Kübler, pour une émission culturelle, L’Assiette Anglaise.

«Une beauté», insiste Jean Teulé. «Je l’ai rencontrée dans un petit village des Pyrénées où elle vivait seule. Une rencontre spéciale. Elle était habillée tout en blanc et elle titubait. Je l’interroge, charmante. Puis elle se lève en me disant qu’elle va chercher à boire. C’est là que je me suis aperçu qu’elle avait chié dans son froc…» Et Teulé conclut, petit sourire au coin des lèvres : «Elle était en manque abyssal de Vian». 

Une image tout à fait dans le style de cette «Ecume» qu’il vénère. Absurde, entre canular et cynisme. Ce n’est pas pour rien, comme lui-même l’avoue, qu’il refuse d’aller aux enterrements où il est systématiquement «pris d’incroyables fous-rires». 

Reste ce livre. Et son héros Colin, ses cheveux orange et son coffre fort bourré de «doublezons» qui lui permet de «pas travailler pour les autres». Mais qui va tomber amoureux de la belle Chloe rencontré à l’anniversaire d’un caniche… Tout le monde connait cette histoire d’amour qui n’aura aucun succès lorsqu’elle est publiée en 1947 avant de devenir un roman culte vingt ans plus tard. Un classique même. Le nénuphar qui pousse dans le poumon droit de la jeune femme, mal mystérieux qui ne peut être soigné que par des montagnes de fleurs. Alors que sa maison rétrécit au fil des jours sous le regard angoissé de cette «souris grise à moustache noire» qui joue un rôle clef comme les deux amis de Colin, son cuisinier Nicolas et Chik, l’ingénieur fasciné par Jean Sol Partre (Sartre) qu’il finira par tuer avec un «arrache-coeur». Avec au final un enterrement surréaliste de Chloe… Sans oublier le fameux «pianococktail» qui produit des mélanges ayant le même goût que la musique qu’il joue. La signature de cet écrivain, ingénieur centralien et passionné de jazz.

«L’histoire est entièrement vraie puisque je l’ai inventée de bout en bout !»

Vian ou Teulé ? Les deux bien sûr. Ecrivain et dessinateur, l’un et l’autre. Touches à tout, au fond. Des «anarchistes doux» qui aiment par dessus tout surprendre pour défier les évidences, les convenances.  

Les amoureux de cette «Ecume des Jours» reconnaîtront dans ce superbe «Gare à Lou» une fraternité entre ces deux romans. Avec la bénédiction du coupable qui, samedi à Ecully, dédicacera ses livres avec des jolis dessins. Mordants, bien sûr. 

Lire la chronique du dernier Roman de Jean Teulé "Gare à Lou": https://actualites.mytoc.fr/evenements/gare-a-teule