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Vienne sur un nuage slave

Les Choeurs de l’Armée Rouge ont conquis la région avec des concerts étonnants. Devant un public sous le charme. Une grande tournée qui se conclura fin avril à Paris.

«Mesdames et Messieurs, veuillez-vous lever pour la Marseillaise…»

Ils sont un millier à obéir, sans moufter. Des militaires ? Pas du tout, de simples spectateurs, vieux et jeunes, hommes et femmes, bourges et prolos. Tous debout, en silence, immobiles, émotion en prime. 

Du jamais vu au Manège de Vienne, France !

Sur scène, une quarantaine de choristes et une trentaine de musiciens, impeccables dans leur uniforme vert à boutons dorés, qui vont exécuter l’hymne national suivi de l’hymne russe. Le tout salué par un tonnerre d’applaudissements. 

Une ouverture qui va donner le ton de cette soirée surréaliste, au fond. Avec, en vedette, le colonel Gennadiy Sachenyuk. Bel officier, tête haute grisonnante et sourire charmeur, qui va tenir sa troupe à la baguette. Cheveux courts, chemise blanche, cravate noire, casquette rouge et noire, fourragère et galons scintillants… Ils sont impressionnants, tous alignés, bras le long du corps, dressés sur leurs talons.

Et pas la moindre note qui dépasse ! Tous les grands «refrains» sont convoqués : Katioucha, Poljusko-Pole, Otchi Tchornye… Des voix graves et profondes portées par une belle fanfare : accordéons, cuivres, violons, contrebasses, tambours… Et bien sûr balalaïka, le fameux luth triangulaire à cordes pincées.  

Impossible de ne pas vibrer malgré le style boum-boum. 

Quelques moments étonnants aussi. Comme ce solo assez magique de balalaïka, ce jeune batteur jongleur qui fait son numéro, ces incroyables vocalises d’un marin tout sourire, ou ce chanteur siffleur qui surgit au coeur d’une symphonie alors que la lumière pointe sa drôle de tête. «Poutine !», murmure le public. 

Toute une histoire, ce choeur créé quelques années après la révolution pour remonter le moral des troupes. Et qui survira à la chute du Mur de Berlin mais aussi à un dramatique accident d’avion il y a deux ans… 

Le sommet de cette soirée, c’est évidemment ce murmure sourd et lancinant qui surgit de l’obscurité. Le choeur sans l’orchestre pour Kalinka. La Russie éternelle qui monte de la steppe. 

Tout cela méritait bien un final sous les ovations. Debout évidemment !