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Plateforme pour la culture / Lyon-région

Les voeux de la plateforme culturelle mytoc.fr pour cette année à venir

«Vivent les nuances !»

Cette fin d’année 2018 a été placée sous le signe de la violence. Blocages, incendies, saccages, bagarres, des blessés, des morts aussi… Et d’abord violence des mots qui allument le feu. On parle fort, on hurle, on s’insulte en se traitant de «salaud», de «menteur»… Et ensuite on s’étonne que ça cogne.

A l’heure où tout le monde s’adresse des voeux, il faut rappeler d’où vient ce mot, du latin votum, une promesse, un engagement. Pas de simples souhaits distribués à la volée.
Important de comprendre l’origine des mots, donc leur sens. Car employés de façon insensés, ils sont souvent à l’origine de la violence. Violence, du latin «vis» issu du grec : la force.

Alors que faire face à cette violence qui monte et que les violents tentent de légitimer ?
Pas simple car nous sortons, un peu paumés, d’un siècle de violences légitimées par des certitudes proclamées avec conviction, mais aujourd’hui évanouies. Un siècle d’idéologies qui en promettant le paradis, a engendré l’enfer.

Mais quelque soit les sujets qui alimentent nos controverses, rares sont les esprits nuancés qui parviennent à se faire entendre. Pas vraiment surprenant à une époque où, pour faire le «buzz», il faut être rapide et spectaculaire, extrême.

Au fond, le sens des nuances c’est d’abord mettre du pluriel à ce singulier qui rime, souvent, avec radicalité. Un seul coupable, une seule solution, une seule voix, un seul Dieu…
Alors que la pluralité nécessite de mettre un «s» pour ouvrir des horizons plus larges.

Mais cela exige que chacun, là où nous sommes, là nous croyons être, soyons capables d’un peu de distance vis-à-vis de nous même. Un peu d’humilité, donc. Ne pas d’abord cultiver son ego, ses ambitions, ses intérêts…

De la base au sommet, il faut donner l’exemple. Ecouter et respecter les autres. Mais aussi être entendu et respecténous par les autres.
Pour ces élites qui détiennent une autorité, faire accepter cette autorité, du latin auctoritas, capacité à faire grandir. Sans oublier qu’élite vient aussi du latin, eslite, choisi.

Un respect souvent exigé au coeur de toutes les colères, de la base au sommet. Mais balayé souvent par le mépris affiché pour les autres.

Là encore, l’origine des mots est souvent la clef. Mépriser, c’est se tromper sur le prix, la valeur. Et d’abord sur sa propre valeur.
Celui qui méprise, se méprend sur la valeur de ceux qu’il sous-estime. Tout en surestimant sa propre valeur.
Celui qui se sent méprisé, n’est pas innocent non plus. Car il se méprise d’abord lui-même. en surestimant celui dont il ressent le mépris et surtout en se sous-estimant lui même.

Mépris parce souvent on accorde trop de valeur à l’accessoire : argent, pouvoir, diplôme, image… En négligeant l’essentiel, ce qui fait la valeur d’un homme. Pas les apparences. Mais l’esprit, du latin, spiritus : le souffle.
Hauteur et profondeur qui permettent de laisser un peu d’espace à l’essentiel. Chacun peut le voir à sa façon : sensibilité, coeur, âme…

On notera au passage que de, la base au sommet, pas un mot sur la culture à une époque où pourtant on exige tout… Inquiétant !
Pourtant, quel meilleur «outil» que la culture pour ne pas céder à la tentation de ce mépris affiché ou ressenti qui dégénère en violence.

Alors que nous nous sentions «gilet jaune», «ISF» ou ni l’un ni l’autre, faisons un voeu pour cette année qui s’annonce fragile.
Mettons un peu de culture pour cultiver ce sens des nuances qui aujourd’hui est tellement absent de l’espace public.
Plus de culture, c’est apprendre à reconnaitre l’immensité et la subtilité du panel des couleurs, des sons, des images, des formes… Et bien sûr des mots. Des idées. Un sens des nuances qui permet de prendre de la hauteur pour voir plus loin, plus profond.
Plus de culture, c’est aussi échanger et partager, en s’enrichissant de nos divergences, de nos différences. Tout sauf la force, la violence.

Plus de culture pour mieux vivre ensemble. En cultivant le sens des nuances

Nadège Michaudet et Philippe Brunet-Lecomte

Illustration : Guernica de Pablo Picasso (détail)